Prix Culturel France-Corée 2008

Par Marc ORANGE et Georges ARSENIJEVIC

Prix Culturel France-Corée 2008

La cérémonie de remise du Prix Culturel France-Corée 2008 a eu lieu le 5 mai 2009 à Paris, au siège du groupe BNP Paribas. Cette 10e édition était placée sous le signe de l’émotion car l’un des trois prix décernés cette année fut attribué, à titre posthume, à l’artiste peintre coréenne Seund Ja Rhee , qui s’était installée en France dès 1951 et qui est décédée à l’âge de 91 ans, après y avoir été, pendant plus d’un demi-siècle, l’un des porte-drapeaux de l’art contemporain coréen. Ce prix, qui récompense chaque année les personnes ou institutions qui se sont illustrées par leur action en faveur d’ une meilleure connaissance de la culture coréenne dans l’Hexagone, a été remis par M. Cho Il-hwan, ambassadeur de Corée en France, au fils de Mme Rhee, M. Shin Yong-hak, architecte renommé dont les quelques mots de remerciement évoquant sa mère furent particulièrement touchants. M. l’Ambassadeur, président du Comité décernant le prix (composé de coréanologues, personnalités du monde culturel et donateurs) a également remis celui-ci à deux autres lauréats méritants, à savoir M. Kim Dong-ho, l’emblématique directeur du Festival international du Film de Pusan, et Mme Valérie Gelézeau, brillante géographe française dirigeant actuellement au sein de l’EHESS le Centre de recherches sur la Corée. La cérémonie s’est déroulée, en présence de nombreux invités dans l’Orangerie de l’ancien Hôtel Mondragon, siège actuel de BNP Paribas et lieu chargé d’histoire s’il en est, puisque Napoléon y épousa, en 1796, Joséphine de Beauharnais (l’endroit fut pendant la révolution une annexe de la mairie du 2e arrondissement). Le nouveau donateur, BNP Paribas, était représenté par MM. Alain Papiasse et Marc Hartpence, respectivement membre du Comité exécutif et directeur Coverage Corporate Asie du groupe, qui a rejoint cette année le banc des sociétés françaises et coréennes apportant leur soutien au prix. Quant aux récipiendaires, ils ont indiscutablement œuvré, chacun dans leur domaine, pour une meilleure connaissance en France de la culture coréenne.

Seund Ja RHEE(†) Artiste peintre

Seund Ja Rhee, décédée le 8 mars 2009, était née en 1918, à Gwangyang, ville du sud de la Corée. C’était l’une des grandes figures de l’art contemporain coréen et l’une des premières artistes coréennes à venir s’installer en France dès 1951, pendant la guerre de Corée (qui lui avait fait perdre tous ces biens et l’avait séparée de sa famille).

Après avoir passé deux années à visiter les musées et monuments parisiens et découvert Bon- nard, Kandinsky, Cézanne, Paul Klee... Seund Ja Rhee rejoint la célèbre Académie de la Grande Chaumière, rencontre Yves Brayer et Henri Goetz et présente sa première exposition personnelle en 1956 au Puy-en-Velay. En 1957, elle fréquente l’atelier de Hyter et pratique la gravure sur bois avec Rodolphe Buchi. En 1960, sa rencontre avec le grand collectionneur visionnaire Gildas Fardel sera décisive. Désormais, elle va mener de front peinture et gravure et enchaîner nombre d’expositions à la fois en France et à l’étranger.

Seund Ja Rhee va ainsi construire peu à peu un univers singulier. Elle a notamment beaucoup exploré dans ses œuvres les mystères de l’espace et l’infini cosmique. Elle a toujours été, en outre, très préoccupée par les rapports entre l’homme et la nature. Son énergie créatrice s’est aussi déployée en céramique, en mosaïque murale et en architecture. Mais toujours dans un style très caractéristique avec, depuis les années 1960, le cercle comme élément plastique fondateur de son art. Le cercle, que l’on retrouvera d’ailleurs à la base de la conception de son magnifique et étonnant atelier qu’elle fit construire en 1993 à Tourrettes-sur-Loup, et qui consacre son œuvre, son talent et sa réussite, qui avaient déjà été salués en 1991 par sa nomination de Chevalier dans l’ordre des Arts et Lettres.

La longue et très riche carrière de Seund Ja Rhee a été parsemée de très nombreuses expositions en Corée, en France, et dans plusieurs autres pays : Etats-Unis, Japon, Suisse... Seund Ja Rhee a ainsi présenté plus d’une cinquantaine d’expositions personnelles dans les galeries et musées les plus renommés*. Elle a également participé à plus de trois cents expositions collectives, ainsi qu’à pratiquement tous les grands Salons parisiens (Grands et Jeunes d’Aujourd’hui, Réalités Nouvelles, Salon de Mai, etc.) et manifestations d’art contemporain.

* Sélection de lieux où Seund ja Rhee a exposé entre 1956 et 2006 : Galerie Lara Vinci (Paris), Galerie Cavalero (Cannes), Galerie Charpentier (Paris), Galerie Hyundai (Séoul), Galerie Matarasso (Nice), Galerie Beno (Zurich), Château-musée de Cagnes-sur-mer, Musée national d’Art moderne du palais Kyungbok, Musée national d’Art moderne du palais Deoksu, Maison de Van Gogh (Auvers-sur-Oise), Centre Culturel Coréen (Paris), Musée national d’Art moderne (Séoul), Musée des Beaux-Arts (Nice), Musée du Chosun Ilbo (Séoul), Musée de la Citadelle (Villefranche-sur-Mer), Espace Pierre Cardin (Paris), Musée Magnelli (Vallauris), Bibliothèque Louis Nucéra (Nice)...

De nombreux historiens et critiques d’art, responsables de musées, écrivains et poètes renommés ont écrit sur Seund Ja Rhee : entre autres, côté coréen, Ho Kwang-sou, Kim Kyu-taik ou Min Byong-ki, et côté français, Henry Galy-Carles, Julien Alvard, Gaston Diehl, Claude Bouret, Alain Jouffroy ou Michel Butor, dont la rencontre en 1977 donnera naissance à un fructueuse collaboration et à leurs fameuses « Œuvres croisées ».

En France, ces dernières années, ses deux expositions les plus remarquées, furent une rétrospective au Musée Magnelli de Vallauris en 2003 et une très belle présentation de ses gravures sur bois à la Bibliothèque Louis Nucéra de Nice en 2006. Cette même année, lors de « Corée au Cœur », célébration du 120e anniversaire des relations diplomatiques franco-coréennes, Seund Ja Rhee avait également été sélectionnée parmi les huit artistes coréennes les plus renommées résidant en France et présentées dans le cadre de la magnifique exposition « Suites coréennes » au Passage de Retz, qui fut dans le domaine des arts plastiques l’événement phare de « Corée au Cœur ».

Enfin, les œuvres de Seund Ja Rhee ont fait l’objet de commandes publiques et se trouvent dans des collections publiques d’établissements renommés : Bibliothèque nationale de France, Musée national d’Art moderne (Centre Pompidou), Musée d’Art moderne de la Ville de Paris, Musée des Beaux-Arts de Nantes, Musée national d’Art moderne (Gwacheon, Corée), Musée Hoam (Séoul, Corée). Et tout récemment, en 2008, comme si elle avait senti qu’elle arrivait au bout de son chemin, l’artiste a généreusement fait don au Musée régional de Jinju -la ville de ses jeunes années- , de 300 de ses œuvres, exprimant, ce faisant, un attachement pro- fond à son pays natal.

Cette grande dame au sourire juvénile, qui a vécu et beaucoup exposé en France, a été dans l’Hexagone pendant plus d’un demi-siècle le porte-drapeau de l’art contemporain coréen. Elle a toujours suscité les échanges avec les artistes français : plasticiens, poètes, etc. Elle était l’aînée des artistes coréennes et une créatrice de grande envergure, authentique et inspirée. C’est pourquoi le Prix Culturel France-Corée 2008 lui a été attribué à titre posthume pour sa contribution à une meilleure connaissance en France de l’art contemporain coréen.

KIM Dong-ho
 Directeur du Festival international du Film de Pusan

Kim Dong-ho, l’une des personnalités les plus emblématiques du monde coréen du cinéma est, depuis 1996, le directeur -et fondateur- du Festival International du Film de Pusan*. En Corée, c’est un grand professionnel très connu et très respecté par ses pairs. C’est, dans une large mesure, grâce à ses efforts que le Festival de Pusan est devenu, en moins de dix ans, le plus grand festival de Corée et même d’Asie. Il fait partie aujourd’hui des tout premiers festivals du monde et accueille, chaque année, des invités prestigieux. Monsieur Kim est aussi actuellement le vice-président du NETPAC (Network for Promotion of Asian Cinema).

* Ou Busan, selon le nouveau système de transcription que la Corée a adopté et commencé à mettre en place à partir de 2000.

Né en 1937 à Hongcheon, Kim Dong-ho a d’abord obtenu une licence de droit à l’Université Nationale de Séoul, puis un mastère d’administration à l’université Hanyang, avant d’entrer dans l’administration publique, où il occupera successivement, pendant vingt-sept ans, plusieurs postes officiels importants. Il a ainsi été notamment -entre autres- président de la Korean Motion Picture Promotion Corporation (1988-1992), président du Seoul Arts Center (1992) et même vice-ministre de la Culture (1992-1993). Il a reçu, en Corée, plusieurs prix et distinctions, notamment le Prix de la Culture de la ville de Pusan (2000), le Grand Prix du Cinéma Coréen décerné par la MBC (2005)... et aussi, en France, le titre de Cheva- lier de l’ordre des Arts et des Lettres (2000), ainsi que les médailles de la Ville de Paris et de la Ville de Deauville (attribuées en 2006). Depuis une douzaine d’années, Kim Dong-ho est un infatigable ambassadeur itinérant du cinéma coréen. Il est presque toujours présent dans les grandes manifestations cinématographiques, lorsque films et cinéastes coréens sont à l’honneur quelque part, quel que soit le pays ou le continent. Il est aussi régulièrement invité en tant que président ou membre du jury dans de nombreux festivals à travers le monde : Rotterdam, Buenos Aires, Las Palmas, Venise, Seattle, Bangkok...C’est indiscutablement aujourd’hui, à l’étranger, le représentant le plus connu et le plus apprécié du cinéma coréen, sans doute parce qu’on sent nettement chez ce sympathique « gentleman à la voix douce » et grand professionnel du cinéma un réel désir d’échange. Ainsi, Kim Dong-ho accueille chaque année à Pusan des professionnels du cinéma du monde entier et, en particulier, les directeurs et programmateurs des grands festivals qui viennent sélectionner les meilleurs films asiatiques pour leurs propres programmations. Pour ce qui est des Français, nombre de cri- tiques, de représentants de festivals ou de grandes institutions (CNC, Cinémathèque française, Unifrance, etc.) et d’artistes ont été invités, ces dernières années, au Festival de Pusan.

En France, Kim Dong-ho est presque chaque année présent au Festival de Deauville et au Festival de Cannes pour encourager les cinéastes coréens invités et nouer des liens avec des partenaires français. A titre d’exemple, il faut rappeler que les festivals de Pusan et de Deauville ont célébré leur jumelage en mars 2000 ; ils coopèrent, depuis, très activement.

Et lors de la dernière édition du Festival du Film asiatique de Deauville (mars 2009), où deux films coréens, « Breathless » et « The Chaser », ont remporté 3 des 4 prix attribués (dont le Grand Prix pour « Breathless »), Kim Dong- ho était encore là. Il était également présent en mai à Cannes où étaient présentés trois films coréens dont un en compétition. A plus de 72 ans, M. Kim voyage toujours autant, toujours animé du même enthousiasme.

Compte tenu de son investissement en faveur du cinéma et des cinéastes de Corée, en particulier de ceux qui ont beaucoup fait pour la reconnaissance du cinéma coréen en France (par exemple, Kim Ki-duk ou Lee Chang-dong, aujourd’hui célèbres, avaient été à leurs débuts présentés à Pusan en première mondiale), et de l’énorme travail accompli dans les festivals aux quatre coins du monde, notamment en France où il a initié une multitude d’échanges avec les professionnels du cinéma, Kim Dong-ho s’est vu décerner le Prix Culturel France-Corée 2008 pour sa contribution à une meilleure connaissance en France du cinéma coréen.

Valérie GELÉZEAU Géographe,
maître de conférences à l’EHESS

Valérie Gelézeau est géographe, spécialiste de géographie urbaine et régionale. Admise à l’École nationale supérieure, section Lettres, en 1988, elle en sortira agrégée de géographie trois ans plus tard.

Non contente de s’adonner à des études de géographie, elle commence également à étudier le coréen et, en 1993, elle obtient son diplôme supérieur de langue et civilisation coréennes à l’INALCO. Continuant sur sa lancée, elle pré- pare, parallèlement à un long séjour en Corée, un doctorat de géographie à l’université Paris IV. Elle l’obtiendra en 1999. Le sujet : Habiter un grand ensemble à Séoul : formes contemporaines du logement et pratiques de l’espace résidentiel en Corée. Ce titre suffit à lui seul pour montrer l’intérêt qu’a porté, dès cette époque, Valérie Gelézeau à la Corée et plus spécialement à la ville de Séoul et à son habitat.

Elle reprend ce thème dans son ouvrage Séoul, ville géante, cités radieuses, publié en 2003 aux Éditions du CNRS. Ce travail lui vaudra, la même année, le prix Francis Garnier décerné par la Société Française de Géographie. Avec ce remarquable livre, le lecteur français est amené à partager le quotidien des Séouliens vivant dans de grands ensembles et découvrir le rôle de ces derniers dans le processus de modernisation de la ville et de la société coréennes.

Valérie Gelézeau commence une carrière universitaire avec un poste de maître de conférences en géographie à l’université de Marne-la-Vallée (1999) et obtiendra d’être en délégation au CNRS en 2005-2007. C’est aussi l’époque où elle est chercheuse invitée (visiting professor) aux Etats-Unis, à l’université de Pennsylvanie et à celle de Columbia. En 2008, elle sera nommée maître de conférences à l’École des hautes études en sciences sociales. Au sein de l’EHESS, elle prend également la direction du Centre de recherches sur la Corée et en même temps la responsabilité de l’Équipe Corée au sein de l’unité mixte de recherche Chine-Corée-Japon dépendant du CNRS et de plusieurs établissements universitaires.

Il faut aussi rappeler que Valérie Gelézeau a obtenu une médaille de bronze du CNRS en 2005 et que, l’année suivante, elle a été nommée, au titre de la promotion junior, à l’Institut universitaire de France*.

* Créé en 1991, cet Institut a pour mission de favoriser le développement de la recherche de haut niveau dans les universités et de renforcer l’interdisciplinarité. L’actuelle ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche veut en faire « un espace fort de l’excellence dans le paysage scientifique français ».

Son ouvrage, Séoul, ville géante, cités radieuses, a été traduit deux fois en coréen. La seconde version, revue, augmentée et actualisée, parue sous le titre Ap’at’ŭ kongghwaguk. P’ŭlangsŭ chi-rihakcha-ga pon han’guk-ŭi ap’at’ŭ (La République des Appartements. Regard d’une géographe française sur les grands ensembles sud-coréens) lui a valu en 2007, année de sa publication, le prix coréen du ministère de la Culture, du Sport et du Tourisme qui l’a distinguée comme « référence recommandée » (usu kyoyang tosŏro) en sciences sociales.

D’autre part, l’année 2008 a connu l’aboutissement d’un projet, initié par Valérie Gelézeau en 2006, abordant l’étude de la péninsule coréenne par les relations entre les deux Corées, en évitant la focalisation habituelle sur les relations politiques ou économiques. Un colloque international, intitulé “North/South interfaces in the Korean Peninsula”, a réuni une quarantaine de spécialistes venue de neuf pays et attiré un grand nombre d’auditeurs.

Enfin, il convient de signaler que Valérie Gelézeau a donné de nombreuses conférences et publié beaucoup d’articles sur la Corée concernant sa spécialité, la géographie (voir par exemple le numéro Spécial Corée, paru en 2004 dans la revue française Géographie et Culture), mais aussi la cuisine coréenne, le kimchi...sujets qu’elle connaît aussi pour avoir effectué plusieurs séjours en Corée, y avoir fréquenté ses habitants et en avoir appris la langue dont elle a une très bonne maîtrise.

Compte tenu de ses hautes compétences professionnelles et du travail accompli, et plus récemment de la qualité scientifique du colloque précité et de l’originalité de sa thématique, Valérie Gelézeau a été récompensée par le Prix Culturel France-Corée 2008 pour sa contribution à une meilleure connaissance en France de la géographie et de la culture coréennes.



Cet article est extrait du numéro 78 de la revue "Culture Coréenne", publication du Centre Culturel Coréen. Pour découvrir ce numéro dans son intégralité, cliquez ici.

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