Le Festival du Film Coréen à Paris : dix années de passion
Par David TREDLER
Chef programmateur du FFCP

2015 va marquer les dix ans du Festival du Film Coréen à Paris. Un âge symbolique à une époque où maintenir une telle manifestation d’année en année est un travail d’abnégation et de passion. Depuis 2006, le festival a pour vocation de faire découvrir au public parisien toute la richesse du cinéma coréen cachée derrière la petite poignée de films qui chaque année sort en France.

ÉLARGIR L’HORIZON DU CINÉMA CORÉEN EN FRANCE
C’est en 2006 que trois Coréens, dont M. Bae Yong-jae, actuel Président du festival, ont fondé ce qui était alors connu comme le « Festival Franco-Coréen du Film ». « Franco-Coréen », parce qu’à l’époque, l’idée était de créer un festival binational où cinéma coréen et cinéma français dialogueraient.
L’écrivain Hwang Sok-yong (« Le Vieux Jardin ») a, le premier, tendu la main aux fondateurs du festival à l’époque où ceux- ci parcouraient Paris à la recherche de bienfaiteurs. L’auteur, qui habitait alors la capitale, a contacté personnalités et institutions coréennes afin qu’elles participent à l’événement, soit en apportant leur pierre au budget, soit en venant au festival, comme le producteur de « Memories of Murder » — de Bong Joon-ho — qui siègera avec Hwang Sok-yong au jury de la première édition. Les fondateurs ont également constitué un Comité Organisateur avec des personnalités du cinéma ayant un rôle de caution morale apportée au festival, comité au sein duquel se trouvait notamment le cinéaste Im Kwon-taek.
En 2006, le cinéma coréen est « à la mode ». Les cinéphiles français ont découvert depuis trois ou quatre ans un cinéma qui fait les beaux jours du Festival de Cannes et dont les films sortent en salle sur un nombre inédit d’écrans en France : films de Hong Sang-soo, Park Chan-wook, Bong Joon-ho, Kim Ki-duk, Kim Jee-woon... La cinéphilie française s’intéresse à cette cinématographie en plein boom, mais même si, à l’époque, une douzaine de films coréens sort chaque année, cela reste un chiffre bas lorsqu’il est mis en perspective avec l’ensemble de la production coréenne (en 2006, plus de 100 longs-métrages coréens sont sortis en salle en Corée). L’objectif d’un festival de films coréens à Paris était donc d’élargir l’horizon de ce cinéma tel qu’il était perçu en France.
Le tout premier cinéaste récompensé au festival fut Kim Eung-soo pour son lm « Way to go, Rose », un long-métrage qui reflétait bien la physionomie des films coréens diffusés lors des toutes premières éditions : des films indépendants, tout simplement parce que les distributeurs indépendants ne demandaient pas d’argent pour la diffusion de leurs films. Les studios, eux, réclamaient un droit de projection (« screening fee ») et le très mince budget du festival ne le permettait pas.

UN FESTIVAL EN EXPANSION
Le premier cinéma à avoir accueilli le festival est le Reflet Médicis. Dès la seconde édition, le festival changera d’adresse, « déménageant » à l’Action Christine pour raisons budgétaires. La 1re édition s’était beaucoup éparpillée (concours de photographies, conférence, etc.) et décision a donc été prise, pour la 2e, de se recentrer sur l’essentiel, à savoir le programme. Moins de films pour plus de qualité, ce qui se vérifiera avec des oeuvres telles « Family Ties », « Dear Pyongyang », ou le premier long-métrage de Yoon Jong-bin, « The Unforgiven », qui a depuis connu plusieurs succès au box-office coréen tels « Nameless Gangster » ou « Kundo ». Pour la deuxième édition, seul un film français fut projeté, maintenant juste la notion d’échange entre France et Corée (l’une des idées initiales du festival), mais le cinéma français revint en-piste lors des 3e et 4e éditions, notamment grâce à une section, intitulée « Regards Croisés », qui fera dialoguer courts-métrages français et coréens autour d’un même thème.
La 4e édition, en particulier, permit au festival de prendre une ampleur nouvelle, grâce à un budget plus conséquent ouvrant la voie à une programmation plus riche et variée. Alors, apparaît notamment, pour la première fois, une des sections essentielles aujourd’hui : la section « Classiques ». Grâce à la Korean Film Archive, le festival propose quatre films coréens des années 1960 et 70, forcément des raretés dans les salles françaises, des films d’Im Kwon-taek, Kim Soo-yong et Bae Seok-in. Chaque année, à partir de cette quatrième édition, le festival proposera une sélection de classiques coréens articulés autour d’un thème ; cette année-là les films de propagande. Suivront au fil des ans, entre autres, les films érotiques ou les films d’épouvante.
À partir de 2011 — 6e édition du festival — apparaît une nouvelle section intitulée « Portrait », ayant pour but de faire découvrir au public un jeune cinéaste coréen n’ayant réalisé qu’un ou deux longs-métrages et incarnant, selon l’équipe de programmation, une promesse pour le cinéma coréen. Le tout premier cinéaste ainsi mis à l’honneur fut Yoon Sung-hyun, venu présenter son premier long-métrage, « Bleak Night », qui sera acheté par un distributeur et sortira en salle en France sous le titre « La Frappe », plus de deux ans après avoir été découvert au festival. Kim Kyung-mook, Shin Su-won (dont le nouveau long-métrage « Madonna » était cette année en sélection officielle au Festival de Cannes) et Lee Sujin (« A Cappella ») suivront.
La section principale du festival s’intitule, elle, « Paysage ». Dans un premier temps, le festival offrait une compétition de longs-métrages, mais cet aspect compétitif a disparu. Il fut conservé uniquement pour les courts-métrages coréens. La section « Paysage » s’applique donc à présenter le meilleur du cinéma coréen récent dans toute sa diversité, des films d’auteur aux films de studio, entre douze et quinze chaque année. Pour sélectionner les films de cette section, l’équipe de programmation a visionné en 2014 près de 120 longs- métrages, ce qui donne une idée du travail de recherche accompli à chaque édition.
La compétition continue en revanche pour les courts-métrages. Un jury de trois professionnels est renouvelé chaque année pour récompenser un court-métrage par le Prix FlyAsiana du Meilleur Film. Prix qui vaut à son récipiendaire d’être invité l’année suivante au festival afin d’y présenter une sélection de ses courts-métrages. En 2014, deux autres prix ont également été décernés : le Prix Kumho du Meilleur Scénario et le Prix Kia du Meilleur Film d’animation.

NOUVEAU NOM POUR UN NOUVEAU DÉPART
En 2012, pour sa 7e édition, le festival a connu un grand changement : une redéfinition de son identité. Au fil des ans, il était devenu clair que le public venait avant tout pour l’offre de films coréens, et non pour son pendant français. Son nom même, « Festival Franco-Coréen du Film », en laissait certains perplexes. Le désir premier du festival était de faire découvrir la face non visible du cinéma coréen en France et, pour cela, il fallait tirer un trait sur ce « Franco-Coréen ». Le Festival Franco-Coréen du Film est donc devenu le Festival du Film Coréen à Paris.
Cette année-là le festival projettera les deux plus grands succès de l’année au box-office coréen, « Masquerade », en ouverture, et « Les Braqueurs », en clôture. Le FFCP, comme on l’appelle désormais communément, connaît un vrai succès et les salles sont régulièrement pleines, laissant sur le trottoir de nombreux spectateurs déçus. Le festival avait déménagé en 2011 de l’Action Christine au Saint- André-des-Arts, un déménagement qui avait offert un regain de place et de visibilité. Cependant, l’édition 2012 a montré que les salles de Saint-Michel étaient également devenues trop petites. Du moins si le FFCP souhaitait continuer à évoluer, et à accueillir tous les spectateurs intéressés. En 2013 le festival a donc posé ses valises au Publicis, sur les Champs-Élysées.

UN CONTEXTE DIFFÉRENT,
UNE MISSION D’AUTANT PLUS IMPORTANTE
À l’époque où le festival est né, le boom du cinéma coréen était quasiment à son apogée. Aujourd’hui, le contexte de la distribution est, pour celui-ci, beaucoup plus difficile. En effet, moitié moins de films coréens sortent en salle en France, et lorsqu’ils sortent, ce sont des sorties discrètes au mieux dans quelques dizaines de salles. Il y a dix ans, par exemple, un lm comme « Sea Fog », qui a fait l’ouverture du festival en octobre dernier, serait probablement sorti dans une centaine de salles avec une vraie campagne de promotion pour le soutenir. Or, en 2015, il est sorti dans moins de 20 salles, discrètement et, au bout de quelques semaines, il était presque invisible à Paris.
Ce nouveau contexte rend le rôle d’un festival de films coréens en France encore plus important. Il y a dix ans, le festival voulait montrer une autre facette du cinéma coréen que celui que les spectateurs parisiens pouvaient voir en salles. Mais, si les choses ne s’arrangent pas, le FFCP pourrait malheureusement devenir l’un des seuls moyens de voir des films coréens sur grand écran à Paris. Heureusement, l’optimisme est parfois de mise. Cette année, quatre films coréens ont été présentés au Festival de Cannes, un signe fort et encourageant.
La mission première du festival, faire découvrir le spectre le plus large possible du cinéma coréen, n’a pas changé. Il continue cependant à évoluer, s’adapter, proposer une offre toujours plus riche. L’année dernière, une nouvelle section intitulée « Focus » est apparue, mettant en avant une série de longs-métrages autour d’une personnalité ou d’une thématique du cinéma coréen. Pour cette première occurrence de la section, le FFCP a invité l’acteur Kim Yun-seok, révélé par « The Chaser », à venir présenter au public du festival quelques-uns des films dans lesquels il a joué.
En 2015, le Festival du Film Coréen à Paris fête donc son dixième anniversaire. Les années ont passé, mais le festival demande toujours travail et abnégation. Chaque année offre son lot d’obstacles et de difficultés à surmonter qui sont le quotidien de l’équipe organisatrice. Mais les joies, les rencontres, les salles qui se remplissent, l’excitation de faire découvrir des films qui, autrement, ne seraient jamais vus en France, et l’adrénaline des huit jours de festival sont un moteur qui ne s’épuise pas. Alors, rendez-vous du 27 octobre au 3 novembre prochains pour le 10e Festival du Film Coréen à Paris, au Publicis !

Cet article est extrait du numéro 90 de la revue "Culture Coréenne", publication du Centre Culturel Coréen. Pour découvrir ce numéro dans son intégralité, cliquez ici.


