La déferlante des artistes plasticiens coréens en France : une invasion stimulante
Par Patrice de la PERRIÈRE
Directeur du magazine « Univers des Arts »

Que de chemin parcouru par les artistes coréens depuis la découverte de la technique de la peinture à l’huile à la fin du 19e siècle ! En effet, si la tradition faisait que ces artistes connaissaient surtout la peinture à l’eau et l’encre sur papier, on peut dire qu’ils ont été conquis par les techniques occidentales et n’ont ensuite eu de cesse de maîtriser cette pratique, voulant pour certains se rendre à Paris, centre artistique incontournable, afin de visiter les musées où l’on pouvait voir les tableaux impressionnistes, ainsi que ceux de Gauguin, Van Gogh, Cézanne, etc.
C’est ce qui explique que beaucoup d’artistes coréens aient décidé de s’installer à Paris, plus ou moins longtemps, pour y travailler et pratiquer la peinture à l’huile, technique leur offrant d’autres possibilités, d’autres approches esthétiques permettant de traduire sur le support leurs inspirations, leurs visions de la réalité et du quotidien. Il y a, encore aujourd’hui, nombre de peintres du Pays du matin clair qui vivent et travaillent à Paris, dont certains depuis plus d’une quarantaine d’années. Dans cette longue liste, s’il fallait n’en citer qu’un, ce serait sans conteste le doyen de tous, l’emblématique maître Han Mook qui du haut de ses 102 ans présente toujours, lors d’expositions rétrospectives, des oeuvres recherchées par de nombreux collectionneurs coréens mais aussi français, européens et américains. On peut vraiment dire que ses travaux constituent une oeuvre indiscutable aux multiples facettes.

Inauguration d’ART CAPITAL 2015 : la façade avec l’entrée du Grand Palais aux couleurs du drapeau français.
Aujourd’hui, la présence en France d’artistes coréens, lors des grandes manifestations d’art contemporain (salons, foires...), est de plus en plus importante. Pour s’en convaincre, il su sait de visiter Art Capital – qui se déroulait cette année du 24 au 29 novembre –, sous la verrière du Grand Palais, et de parcourir les cimaises des quatre salons qui composent cette « Grand’ Messe de l’Art ». Cette année encore, on pouvait y admirer des oeuvres de nombreux peintres coréens aux techniques et inspirations diverses.
Ainsi, au Salon des Artistes Français, le plus vieux salon d’art du monde, créé pendant le règne du roi Louis XIV (avec un jury traditionnellement très difficile et exigeant), plus d’une douzaine d’artistes coréens avaient été acceptés et exposaient leurs tableaux.
Au Salon des Indépendants, avec sa devise « ni jury, ni récompenses », datant de l’époque de sa création à la n du XIXe siècle, participaient aussi, cette année, une quarantaine d’artistes coréens venus de Corée ou résidant en France.
Quant au Salon du Dessin et de la Peinture à l’Eau, dont la particularité est de ne proposer que des œuvres sur ou en papier, il recevait, lui, deux délégations d’artistes coréens, qui comptaient chacune quinze artistes. Celle de l’Association « Saimdang », réunissant des femmes peintres de Corée expérimentées et connues dans leur pays (association présidée par Madame Kim Chun-Joo, avec la peintre Jun Myung-Ja), qui donnait à voir des oeuvres aux multiples résonances traditionnelles qu’il s’agisse de calligraphies ou d’aquarelles. Ces quinze artistes de l’association nous avaient fait l’honneur d’être toutes habillées en Hanbok, costume traditionnel coréen aux couleurs chatoyantes. Et, durant le vernissage, elles nous ont offert des chants et danses coréennes pour la plus grande joie des visiteurs munis d’un appareil photo !

La délégation coréenne au Salon du Dessin et de la Peinture à l’Eau composée par des artistes de l’Association Saimdang, regroupant des femmes peintres coréennes. Tous les membres de cette association ont fait honneur à cet événement en portant le costume traditionnel, Hanbok, pour le plus grand plaisir des visiteurs.

Artistes coréens exposant au Salon des Artistes Français et au Salon des Indépendants, avec des assistants de la galerie coréenne organisatrice et les responsables du Centre Culturel Coréen, dont son directeur M. Loh Ilshik (4e à partir de la gauche).
Enfin, le Salon Comparaisons, traditionnellement constitué de différents groupes organisés autour de mêmes affinités artistiques et menés par un « Chef de groupe » cooptant ses membres, présentait aussi des peintres coréens choisis et menés par maître Park Kwang-jin, « Chef de groupe » depuis plusieurs années qui s’attache à proposer à chaque salon des artistes différents. Cela afin de présenter aux amateurs d’art français, au fil des ans, un tour d’horizon aussi complet que possible du panorama artistique coréen. Toujours au Salon Comparaisons, il faut aussi signaler l’excellente plasticienne coréenne Kim Sang-Lan, qui vit et travaille à Paris depuis de nombreuses années et qui est, depuis plusieurs éditions, « Chef de groupe » d’artistes réalisant des installations très inventives et créatrices.
Ce qui est certain, c’est que Art Capital, avec en tout près d’une centaine d’artistes coréens répartis entre les quatre salons précités, est une manifestation phare offrant un bel éventail de l’art et de la créativité coréenne d’aujourd’hui.
À cette présence coréenne dans les salons d’Art Capital, on pourrait également ajouter les artistes de la délégation de l’International Art Committee et de l’Association des Artistes pour la Paix Mondiale exposant chaque année en décembre au Carrousel du Louvre, dans le cadre du traditionnel Salon de la Société Nationale des Beaux-Arts (qui réunit en moyenne une vingtaine d’exposants de Corée), les artistes participant au Salon d’Automne, les plasticiens présentés par les galeries coréennes invitées dans le cadre de la FIAC (Foire internationale d’Art contemporain de Paris) ou encore ceux participant à MAC PARIS. Sans oublier les expositions annuelles des grandes associations coréennes telles Sonamou ou l’AJAC, ainsi que les nombreux artistes coréens invités, à titre individuel, dans les galeries parisiennes, par exemple cette année : Sen Chung à la galerie Duboys, Oh Se-yeol et Chae Sung-pil à la galerie Baudoin Lebon, etc.
Et il ne s’agit là que des manifestations parisiennes qui ne doivent pas masquer les expositions en province qui présentent aussi, souvent, des artistes de Corée, permettant ainsi de transmettre à un large public, aux quatre coins de la France, une peinture attractive et d’une grande vitalité.
Parmi les événements hors Paris, certaines municipalités, notamment en banlieue parisienne, invitent régulièrement des artistes coréens pour enrichir leurs espaces publics ou leurs salles d’expositions et ainsi apporter à leurs administrés des nouveautés plastiques venues de l’autre bout de la terre ! C’est par exemple le cas des villes de Saint-Mandé ou de Nogent-sur-Marne, qui a déjà invité au Carré des Coignard le grand calligraphe Jung Do-jun et présentera prochainement, devant la mairie, les étonnants « bouquets de drapeaux » de Kim Hae-gon, ainsi qu’une exposition comprenant installations, vidéos, peintures et sculptures réalisées par des plasticiens coréens.

L’artiste Kim Sang-Lan, chef de groupe au Salon Comparaisons, devant son installation.

Le peintre Park Kwang-Jin, chef de groupe de la délégation coréenne au Salon Comparaisons, avec cinq artistes y exposant.
En cette Année France-Corée 2015-2016 où l’on commémore le 130e anniversaire des relations diplomatiques entre nos deux pays et qui voit se dérouler dans toute la France de très nombreuses expositions de prestige, il est intéressant de souligner que, depuis plusieurs années déjà, les artistes coréens sont de plus en plus présents non seulement dans les grands « Salons historiques » mais aussi, plus généralement, dans toutes les grandes manifestations dévolues en France à l’art d’aujourd’hui.
Leur présence apporte indiscutablement à notre « paysage pictural » une touche d’originalité et de créativité. D’autant que les artistes de ce pays de plus en plus « puissant » n’en ont pas pour autant oublié leurs racines traditionnelles, ce qui leur permet d’apporter à l’art actuel une réelle singularité. C’est peut-être pour cela, d’ailleurs, que la culture coréenne est de plus en plus visible, de plus en plus attractive à travers le monde, et que les artistes coréens remportent de plus en plus de succès sur la scène internationale.
Parmi les plus illustres d’entre eux qui ont vécu et travaillé en France au cours de ces dernières décennies, notons que le Musée Cernuschi a réalisé une remarquable sélection présentée (jusqu’au 7 février 2016), dans le cadre de l’exposition « Artistes coréens en France », nous permettant de retrouver, pour notre grand plaisir, les figures historiques de la peinture coréenne, personnalités importantes qui ont su à la fois garder avec fierté leurs origines extrême-orientales, créer des ponts entre l’Orient et l’Occident et enrichir de leurs spécificités l’art d’aujourd’hui.
Signalons pour conclure que ce grand dynamisme des artistes coréens en France, évoqué dans cet article, se confirme lorsque l’on a la chance de visiter la Corée. En effet, on s’aperçoit que ce pays est une véritable pépinière artistique toujours en ébullition. Avec des galeries dynamiques, de très beaux espaces d’exposition (tel celui du « Seoul Art Center »), ou même certains palais...
Bref, on peut dire que la Corée artistique n’a pas ni de nous étonner. Et les artistes coréens, qui viennent de plus en plus nombreux en France, en sont les meilleurs ambassadeurs.
Cet article est extrait du numéro 91 de la revue "Culture Coréenne", publication du Centre Culturel Coréen. Pour découvrir ce numéro dans son intégralité, cliquez ici.


