Jongmyo Jeryeak, musique et danse rituelles pour les ancêtres royaux

Par Jacques BATILLIOT
Traducteur

Jongmyo Jeryeak, musique et danse rituelles pour les ancêtres royaux

Le sanctuaire de Jongmyo, abritant les tablettes ancestrales des 35 rois et 47 reines ayant régné durant les cinq siècles de la dynastie Joseon, fut inscrit au Patrimoine Mondial de l’UNESCO en 1995. C’est dans ce sanctuaire, situé à Séoul, que les rois de Joseon organisaient autrefois des cérémonies en mémoire de leurs ancêtres. La présence des souverains rendait ces cérémonies rituelles fastueuses et empreintes d’une grande solennité. Le Jongmyo Jeryeak, désignant l’ensemble des musiques et danses rituelles qui y était interprétées, fut inscrit en 2001 sur la liste du Patrimoine Culturel Immatériel de l’UNESCO. Compte tenu de la grande valeur historique, culturelle et symbolique de ces cérémonies et du sanctuaire où elles se déroulent encore aujourd’hui (voir article qui suit), il est tout à fait compréhensible que la partie coréenne ait souhaité inaugurer l’Année France-Corée 2015-2016 par une présentation du Jongmyo Jeryeak, désigné en Corée comme le premier bien culturel important et intangible du pays. Deux représentations, données par la prestigieuse troupe du National Gugak Center (Centre national de la musique traditionnelle) avec plus d’une centaine d’artistes en costumes sur scène, auront ainsi lieu au Théâtre national de Chaillot les 18 et 19 septembre 2015. Ce sera là, à n’en pas douter, un très joli lancement de l’Année France-Corée.

L’imposant sanctuaire de Jongmyo, où sont conservées les tablettes funéraires de tous les souverains de la dynastie Joseon (1392-1910).

Jongmyo Jeryeak, qui sera présenté au public français les 18 et 19 septembre prochains, en guise d’inauguration de l’année France-Corée, au Théâtre national de Chaillot, symbolise l’art de cour coréen et désigne une combinaison de danses rituelles et de musiques instrumentales et vocales accompagnant le Jongmyo Jerye, la cérémonie confucéenne du sanctuaire de Jongmyo, le sanctuaire royal ancestral de la dynastie Joseon (1392-1910) de Corée. Cet art composite est représenté depuis le 15e siècle. La musique fut nouvellement créée spécialement pour le rituel : sa fondamentale, ses gammes et son orchestration contiennent en elles-mêmes toute l’originalité de l’art traditionnel coréen. Les textes des chants furent aussi écrits afin de narrer l’histoire de la fondation de la dynastie Joseon et la chorégraphie a été créée en fonction de ces textes.

UN GRAND ROI MÉLOMANE

Le roi Sejong le Grand, le quatrième monarque de la dynastie Joseon et inventeur du Hangeul – l’alphabet coréen –, déplora qu’une musique de cour de style chinois soit jouée au sanctuaire de Jongmyo, le sanctuaire royal coréen : il ressentit la nécessité de proposer quelque chose de nouveau à la place de la vieille musique rituelle apparue peu après la fondation de la dynastie. Il la jugeait en e et inappropriée pour louer les exploits remarquables accomplis par ses ancêtres, qui avaient surmonté tant de difficultés pour fonder une nouvelle nation. Il en fit donc composer une nouvelle inspirée à la fois de la musique rituelle de cour et des mélodies populaires de l’époque. Les plus célèbres de ces pièces sont Jeongdae-eop et Botaepyeong. Elles furent composées à l’origine pour le banquet des officiels de la cour en 1447. Le roi Sejo, l’un des ls de Sejong, intégra ces suites après des modifications partielles dans le Jongmyo Jeryeak. C’est ainsi que Jeongdae-eop et Botaepyeong, composées respectivement de quinze et onze pièces, finirent par en rassembler chacune onze. Une nouvelle pièce musicale intitulée Junggwang louant le roi Seonjo qui avait vaincu les forces japonaises durant l’invasion connue sous le nom de Imjin waeran (1592–1598) fut ensuite ajoutée à Botaepyeong, tandis que deux autres pièces fusionnaient.

Jongmyo Jerye était de loin considéré comme le plus grand rituel de la dynastie, au cours duquel les rois se livraient en personne à des sacrifices à leurs ancêtres. Par conséquent, la musique, très solennelle, y incarnait la philosophie du confucianisme coréen. Cette musique rituelle incarne une longue tradition, maintenue de manière presque ininterrompue pendant les cinq derniers siècles. Depuis sa première représentation en 1464, Jongmyo Jeryeak n’a été interrompue que durant une décennie environ après l’invasion japonaise Imjin waeran et pendant une trentaine d’années après la guerre de Corée (1950-1953).

Dans le Jongmyo Jeryeak, musiques et danses rituelles se combinent pour donner à la cérémonie confucéenne un caractère à la fois solennel et majestueux.

JONGMYO, SANCTUAIRE ROYAL DE LA DYNASTIE JOSEON

Le Jongmyo Jeryeak désigne donc une combinaison de danses rituelles et de musiques instrumentales et vocales présentées à l’occasion de la cérémonie confucéenne du sanctuaire de Jongmyo, le sanctuaire royal ancestral de la dynastie Joseon. Composé en réalité de deux bâtiments – Jongmyo et Yeongnyeongjeon –, ce sanctuaire est situé à Jongno-gu, au cœur de la capitale sud-coréenne, Séoul. Y sont entreposées les tablettes de Yi Seong-gye, le père fondateur de Joseon, ainsi que celles de tous les rois et reines de cette dynastie et des aïeux de Yi Seong-gye, de son père à son arrière-arrière-grand-père.

Durant l’époque de Joseon, ces rituels ancestraux se déroulaient à Jongmyo cinq fois au cours de l’année, à chaque saison puis à la fin de l’année, et à Yeongnyeongjeon, trois fois : au printemps, à l’automne puis à la fin de l’année. De nos jours encore, on peut assister à deux représentations annuelles en Corée dans leur forme traditionnelle, mais uniquement une fois par an, le premier dimanche du mois de mai. La cérémonie dure trois heures.

Les hauts dignitaires confucéens accompagnaient le roi et le prince héritier dans la cérémonie en l’honneur des souverains ancestraux.

UNE CÉRÉMONIE CONSIDÉRÉE COMME UN « BIEN CULTUREL IMPORTANT ET INTANGIBLE »

Jongmyo Jerye, étant une cérémonie nationale commémorative, elle fut toujours organisée par l’État et sa musique devait être jouée par les musiciens du département royal de la musique, le Jangagwon. Ce rituel se poursuivit même durant l’occupation japonaise (1910-1945). L’exécution des pièces musicales fut alors assurée par cette institution rebaptisée, durant cette période, A-akbu, dont les musiciens étaient formés dans une école a liée. Les diplômés de cette école constituèrent d’ailleurs les principaux membres de l’Institut national de musique, renommé en 1951 Centre national de la musique traditionnelle, peu après l’établissement du gouvernement de la République de Corée. La tradition du Jongmyo Jeryeak de l’époque Joseon fut ainsi entièrement préservée. Eu égard à sa grande valeur historique et culturelle, Jongmyo Jeryeak a été désigné comme le premier bien culturel important et intangible de Corée. Cette désignation permet de protéger la culture traditionnelle et de la transmettre aux générations futures. Par conséquent, les gardiens de cet art ont la responsabilité de léguer leur savoir-faire musical à leurs disciples.

UNE EXCEPTIONNELLE RICHESSE INSTRUMENTALE

Jongmyo Jeryeak se divise en deux répertoires civil et militaire (selon une classification héritée de la Chine), interprété chacun par un orchestre différent et dans un mode musical différent. Le répertoire civil, Botaepyeong, célèbre les vertus d’érudition des rois, il est joué dans le mode pyeongjo (le mode pentatonique anhémitonique : do-ré-fa-sol-la). Le répertoire militaire Jeongdae-eop loue leurs exploits militaires et il est joué dans le mode gyemyeonjo (un mode pentatonique spécifiquement coréen do-mi♭-fa-sol-si♭). Chacun comprend onze pièces. À cela s’ajoute une pièce isolée qui est jouée au cours de trois rites dans trois versions différentes. À l’exception du repas rituel, tous les rites sont accompagnés de pièces de musique et la plupart sont dansées.

Les textes chantés furent composés en langue sino-coréenne sous le règne du roi Sejong et exaltent les vertus et les exploits de ses ancêtres : son père Taejong, son grand-père Taejo (né Yi Seong-gye) fondateur de la dynastie et les aïeux de ce dernier sur trois générations. Les danses accompagnant les rituels sont appelées Ilmu, ce qui signifie littéralement « danses en ligne ». Elles se subdivisent selon les deux catégories, civile Munmu et militaire Mumu. Dans les premières danses, seize danseuses tiennent dans une main une flûte de bambou et dans l’autre un bâton à tête de dragon. Dans les secondes, seize autres tiennent des lances et des épées.

La cérémonie de Jongmyo Jeryeak est sans doute la meilleure occasion de découvrir l’extraordinaire richesse instrumentale coréenne, notamment des instruments qu’on ne rencontre en aucune autre occasion, comme les imposants carillons de cloches de bronze pyeonjong et de grands phonolithes pyeongyeong ou le métallophone banghyang.

UN FABULEUX SPECTACLE À NE PAS MANQUER LES 18 ET 19 SEPTEMBRE À CHAILLOT

Ces deux représentations à Paris par les musiciens et danseurs du Centre national de la musique traditionnelle marqueront l’ouverture de l’Année France-Corée 2015-2016. Ce sera la première fois que cette cérémonie sera présentée hors de Corée. Il y a déjà eu des représentations de Jongmyo Jeryeak à l’étranger auparavant, mais il s’agissait uniquement de musique de cour orchestrale. Ce spectacle, spécialement adapté pour le Théâtre national de Chaillot constituera donc une première mondiale en présentant sur une même scène la musique, la danse et les rituels.

Avec ses quelque cent chanteurs, musiciens et danseurs, ses instruments extraordinaires, ses danses majestueuses, le Jongmyo Jeryeak est une des expressions artistiques les plus grandioses du nord-est de l’Asie. Ce spectacle emblématique de l’art de cour coréen ne manquera pas de laisser un souvenir inoubliable aux spectateurs français. D’autant qu’il s’agira d’une première mondiale du Jongmyo Jeryeak à l’étranger. Une chance unique donc de comprendre l’art de cour coréen.



Cet article est extrait du numéro 90 de la revue "Culture Coréenne", publication du Centre Culturel Coréen. Pour découvrir ce numéro dans son intégralité, cliquez ici.

Les derniers programmes

Afficher tout le programme
140 ANS
Célébration du 140e anniversaire des...
Conférences / Rencontres
Conférences « La culture bouddhique...

Du 5 au 6 octobre

Concerts / Spectacles
Concerts « La mer de Corée, Seokguram...

Jeudi 22 octobre à 19h00

Lundi 26 octobre à 19h00