Focus sur la Corée du Sud au 15e Festival Mondial des Théâtres de Marionnettes – Charleville-Mézières, 18-27 septembre 2009

Par Véronique BLIN
Journaliste

Focus sur la Corée du Sud au 15e Festival Mondial des Théâtres de Marionnettes – Charleville-Mézières, 18-27 septembre 2009

Dotée d’un grand festival international qui, chaque année, se déroule à Chuncheon, à 100 km de Séoul, la Corée, nourrie d’une forte tradition marionnettique, connaît actuellement un engouement tout particulier pour cet art. Elle prévoit même la création d’une école inspirée de celle de Charleville (ENSAM, Ecole Nationale Supérieure des Arts de la Marionnette), patrie mondiale du genre et siège de l’IIM (Institut International de la Marionnette), tête de pont en matière de recherche et de formation.

Riche en innovations, la production coréenne ne cesse de voir éclore de nombreux projets : l’édition 2008 du Festival de Chuncheon a réuni plus de cinquante compagnies nationales !

Charleville-Mézières, au nord-est de la France, se devait de lui faire honneur. Ce fut une bien jolie « Première » ! En créant un « focus » sur la Corée, Anne- Françoise Cabanis, directrice du festival, a souhaité « renouveler l’image des théâtres de marionnettes et écrire une nouvelle page de l’histoire de cet art toujours en mutation et en ébullition, débordant d’inventivité ». Privilégiant ainsi, par l’accueil de plusieurs spectacles d’une même contrée, d’en dresser un « petit état de la marionnette ». La Corée en présenta quatre, de quatre compagnies différentes, mais partageant toutes une poésie et une délicatesse hors du commun. Spectacles emprunts, aussi, d’une certaine nostalgie d’un temps révolu, d’une tristesse générée par de doux souvenirs anciens, balayés par un quotidien âpre et dur, parfois marqué par la guerre, toujours en proie à des rivalités et querelles sans fin... Revue de détail : A la frontière de la ville, coupée en deux par les beaux méandres de la Meuse séparant Charleville de Mézières, le Théâtre Ro.Gi.Narae et ses marionnettes sur table ou à tiges, son théâtre d’ombres et d’objets, nous offrit, dans la jolie salle Mozart, Le Bûcheron et la jeune fille céleste : Un bûcheron vivant avec sa mère sur une montagne lointaine, sauva un jour un cerf, poursuivi par les chasseurs. Pour le remercier, ce dernier lui confie un secret lui permettant de se marier avec une jeune fille céleste. Au fil de l’histoire, le spectateur découvre les traditions coréennes, dans un décor aux couleurs et costumes typiques du pays.

Le bûcheron et la jeune fille céleste, par le Théâtre Ro.Gi.Narae.
Photo : Dreamy

Adapté d’un ancien conte coréen, l’histoire de ce bûcheron et de sa belle jeune femme est très populaire en Corée. Autour du thème de la piété familiale, ce spectacle nous parle d’évasion et d’idéal. Manipulées à vue par les artistes Hong Yong-min, Ko Eun-kyeong et Lee Ju-hee, les marionnettes, faites de papier, dansent au son d’insectes et de musique traditionnelle, dans un chatoiement de couleurs éblouissantes.

Toujours à la salle Mozart, les marionnettes à tiges de la Compagnie Ulgul Gwa Ulgul (« le théâtre face à face »), manipulées par No Eun-Ha et Kim Do-Hee, entonnèrent La chanson de l’horrible Kong-Ji , née d’un célèbre conte de fées coréen. Elles nous parlent d’espoir, évoquent la terre et les couleurs du printemps, recréant l’histoire de cette vilaine marâtre en utilisant du sable, des branchages, du papier et des mélodies traditionnelles coréennes. Etonnant.

Hors les murs cette fois, au Centre Culturel de Nouzonville, dans la proche banlieue de Charleville-Mézières, le ton fut plus grave avec la Compagnie Art Stage, San. Théâtre « fantastique » sur le thème de la guerre et des drames qu’elle engendre, L’Histoire de Dallae aborde avec une infinie délicatesse et une poésie admirables, le problème de la séparation des membres d’une même famille, éparpillée suite au conflit. Dallae, petite poupée articulée touchante à craquer, comme vivante, raconte le chagrin de l’absence, aiguisé par le souvenir des moments de bonheur partagés, ultime recours contre la tristesse et unique bien qui lui reste...

Dans un style très original de manipulation, où marionnettes et acteurs jouent ensemble sur scène, ce spectacle, en dépit de son douloureux épilogue, laisse au cœur l’empreinte d’une émotion bouleversante. Gardons pour la fin l’œuvre la plus emblématique du rapprochement naissant et très prometteur entre Charleville-Mézières et la Corée. Ce « pont entre deux rives » est parfaitement incarné en la personne de Eun Young Kim Pernelle : diplômée de la première promotion de l’ENSAM, elle est, depuis, retournée à Séoul, sa ville d’origine. Adaptant à sa manière le fameux texte de Georges Pérec Je me souviens... , elle se l’est approprié en rapatriant de sa mémoire ses souvenirs d’antan.


La chanson de l’horrible Kong-Ji, par la Compagnie Ulgul Gwa Ulgul (« le théâtre face à face »).
Photo : Dreamy

Dans la charmante salle de Nevers, en plein centre-ville, à deux pas de la splendide Place Ducale, puis à celle Dubedout, aux confins de ladite, elle a ouvert pour nous, avec sa Compagnie La Boule Bleue, le joli livre de sa jeunesse.

Sous la forme d’un « pop-up », son théâtre de papier tourne les pages en relief des évènements marquants qui ont jalonné sa vie : « Je me souviens de Mi-ok, la fille du marchand de gaufres, avec qui j’ai goûté ces gâteaux si moelleux en forme de poisson »... « Je me souviens du jour où toute la famille était rassemblée devant l’écran noir et blanc pour regarder Neil Armstrong marcher sur la lune »...

Eun Young se souvient de son école située sur la colline ; du mont qui s’appelle « Buffle allongé » ; de ses frères qui allaient chercher l’eau du puits, en portant deux seaux en balancier sur leurs épaules ; de la confection des fameux « Kimchi », arme secrète de la cuisine coréenne.

Page après page, les silhouettes de papier découpé en grand format évoquent l’enfance, dans les années 60, le temps de l’insouciance, celui des arts de la table... Mais aussi le regret de voir que « sa » ville, autrefois calme et tranquille, avait tant changé... Les échangeurs d’autoroutes ayant pris la place des ruelles autrefois paisibles et les multiples lignes de métro, celle du temps où il faisait bon marcher...

Reste pour le spectateur, au bout du compte, le savoureux « souvenir » d’un assortiment alléchant comme une fondue coréenne. Un pur régal !

A la différence de celle de l’Occident, souvent encline à des « happy end » confinant au conte de fées, où tout est finalement beau dans le meilleur des mondes..., la marionnettique asiatique, notoirement coréenne, n’a pas peur de ses démons, les conviant fréquemment dans ses spectacles, comme pour mieux les dénoncer... Par ce biais, l’esprit critique est en marche et, partant, celui de résistance...

Gageons que cette collaboration franco- coréenne porte haut les couleurs des arts de la marionnette !



Cet article est extrait du numéro 79 de la revue "Culture Coréenne", publication du Centre Culturel Coréen. Pour découvrir ce numéro dans son intégralité, cliquez ici.

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