2009 : succès du cinéma coréen en France

Par Hubert NIOGRET
Critique de cinéma

2009 : succès du cinéma coréen en France

Le cinéaste coréen Lee Chang-dong ( 4e à partir de la gauche) faisait partie du jury de la 62e édition du Festival de Cannes présidée par Isabelle Huppert (3e à partir de la droite).

Dans l’année 2009, les films et les personnalités coréennes du cinéma ont été particulièrement mis en valeur en France. Kim Dong-ho a reçu le Prix Culturel France-Corée pour sa défense du cinéma coréen à travers le Festival de Pusan, qu’il a créé et présidé. En moins de dix ans, il a su en faire un festival de stature internationale, absolument incontournable pour l’Asie, qui chaque année présente non seulement un échantillonnage de la production internationale particulièrement apprécié des habitants de Pusan et des professionnels asiatiques, mais l’essentiel de la production coréenne dans sa diversité et ses plus grandes réussites, avec également des éclairages sur le passé du cinéma coréen dont les richesses sont ainsi progressivement dévoilées. De nombreux professionnels du monde entier trouvent là la possibilité d’être constamment informés d’une des cinématographies les plus dynamiques du monde, mais dont seulement une partie minoritaire est exportée.

Lee Chang-dong, l’écrivain-cinéaste, dont le Festival de Cannes avait primé la dernière réalisation Secret Sunshine (Miryang) en 2007, à travers sa remarquable interprète Jeon Do-yeon, a été choisi pour être un des neuf membres du jury du Festival de Cannes 2009. Ce comité international avait la tâche difficile de consacrer dans son palmarès quelques-unes des œuvres les plus originales dans la vingtaine de films qui comptaient parmi les meilleures réalisations mondiales, où se côtoyaient œuvres de vétérans et de cinéastes moins expérimentés. Si Thirst, ceci est mon sang (Bak-Jwi) de Park Chan-wook était présenté en compétition – et reçut un des prix du palmarès pour consacrer l’originalité du projet et le brio de sa réalisation – Mother, le passionnant et émouvant quatrième film de Bong Joon-ho, était projeté dans le cadre de Un Certain Regard, section de la Sélection officielle. Like You Know It All (Jal Aljido Motamyeonseo) de Hong Sang-soo était proposé au public dans le cadre plus alternatif de la Quinzaine des Réalisateurs, où, dès la première séance, il rencontrait un grand succès en raison de son humour. Cette triple présentation cannoise était particulièrement intéressante puisque les trois cinéastes appartiennent à la même génération (même si Hong Sang-soo est l’aîné en âge et nombre de films et Bong Joon-ho le cadet) qui a assuré la relève du cinéma de la Corée du Sud quand ce pays a pleinement accédé à la démocratie. Tous les trois témoignent d’ailleurs à leur manière, dans leur style très différents, d’une identité coréenne élaborée malgré la dictature et qui peut aujourd’hui pleinement s’exprimer, reflétant parfaitement les obsessions, les angoisses, les inquiétudes, d’une génération nouvelle, qui appartient aussi à une industrie en plein essor, dans un pays qui a su prendre le chemin de la modernité.

Lee Chang-dong, avec un parcours sensiblement différent, est également un cinéaste qui participe pleinement de cette renaissance et Kim Dong-ho est un des artisans qui a permis cet essor artistique et industriel. Voir ces cinq personnalités réunies en 2009 est la preuve supplémentaire d’une cohérence, mais qui est aussi la preuve d’un héritage, celle de cinéastes de la génération précédente qui continuent à tourner en Corée, ou d’une génération encore antérieure, mais aujourd’hui disparue. Des cinéastes de cette génération là, était présentés lors du même Festival 2009 dans la section Cannes Classiques, grâce à la parfaite restauration du Korean Film Archive, de l’un des chefs-d’œuvre de Shin Sang-ok, Prince Yeonsan (1961), qui correspond certainement à sa meilleure période créatrice et industrielle à la charnière des années cinquante- soixante. La dénonciation du pouvoir corrompu dans un style parfaitement accompli, qui part de l’équilibre et aboutit à un déséquilibre vertigineux, nous rappelle que Shin Sang-ok fut à la fois un grand cinéaste et un grand entrepreneur de l’industrie renaissante du cinéma de la Corée du Sud au lendemain d’une guerre destructrice.

Presque cinquante ans plus tard, les trois cinéastes présentés à Cannes montrent aussi que les réalisateurs ont su faire retrouver à l’industrie, une forte richesse thématique et de création de personnages (incarnés par de magnifiques comédiens comme Song Kang-ho dans Thirst, ceci est mon sang, ou Kim Hye-ja dans Mother), une diversité de genres (une approche totalement nouvelle du vampirisme dans Thirst, ceci est mon sang, une enquête plus émotionnelle que policière dans Mother), une multitude de formats de production (de Thirst, ceci est mon sang, en partie financé par une Major américaine, à Like You Know It All, qui est une très modeste production indépendante), qui sont reconnus par le Festival de Cannes et qui les offrent au regard du public essentiellement professionnel, leur permettant de trouver des distributeurs français, parfois en négociation dès les semaines qui précèdent le Festival.

D’autres festivals en France, plus modestes, accomplissent également un travail de révélateur, comme Nantes, Vesoul, et cette année essentiellement Deauville, pour de nouveaux cinéastes, sortis totalement de l’inconnu. Si le Festival de Deauville avait choisi d’intégrer dans sa sélection également The Chaser (Chu-gyeock-ja), premier film de Na Hong-jin, présenté antérieurement à Cannes en 2008 mais injustement ignoré à ce moment-là, c’était le film Hors d’haleine / Breathless (Ddongpari) qui fut sans contesté la révélation la plus surprenante. Primé à Deauville en mars, comme il l’avait été à Rotterdam, et comme il le sera à Friboug, le film de Yang Ik-june, réalisé dans un contexte totalement indépendant (alors que The Chaser est davantage le produit de l’industrie), révèle sur un sujet très aigu (la violence mafieuse dans des confrontations d’homme à homme de la vie quotidienne et sociale) une vraie personnalité de cinéaste, également interprète dans le rôle principal. Prévu pour être distribué à la toute fin de l’année, alors que les films « cannois » seront vraisemblablement sortis dans le dernier trimestre, Hors d’haleine/ Breathless va clôturer ainsi une année cinématographique coréenne faste et sous le signe du renouvellement.


Breathless, de Yang Ik-june

Sortie prévue sur les écrans français le 2 décembre 2009

Breathless est un concentré explosif de rage, d’humour noir mais aussi d’une humanité brute. Un très beau film à ne pas manquer...

Sang-hoon est recouvreur de dettes. Il semble ne savoir que cogner, brutaliser et terroriser les débiteurs. Sa vie et son quotidien sont une histoire de violence. Un jour, le hasard met sur son chemin une jeune lycéenne, Yeon-hee, au passé étrangement similaire au sien et qui va lui tenir tête. Pourra-t-il, grâce à elle, connaître la rédemption ?



Cet article est extrait du numéro 78 de la revue "Culture Coréenne", publication du Centre Culturel Coréen. Pour découvrir ce numéro dans son intégralité, cliquez ici.

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