Un concert pluriel pour l’amitié franco-coréenne

Par Jean-Luc TOULA-BREYSSE, Journaliste

Un concert pluriel pour l’amitié franco-coréenne

Lors de la visite en France du président de la République de Corée, Monsieur Moon Jae-in, du 13 au 16 octobre dernier, a eu lieu à Paris une représentation originale et de haute facture de musiques traditionnelles, de musique fusion – alliant la tradition à la modernité – et de K-pop, qui a fait entendre divers aspects de la musique coréenne d’hier et d’aujourd’hui. Ce concert de l’amitié franco-coréenne, intitulé Echos des musiques de Corée, s’est déroulé le dimanche 14 octobre au théâtre Le 13ème Art, dans le treizième arrondissement. « Il a été conçu afin
d’élargir les échanges culturels entre la Corée du Sud et la France à l’occasion de la visite du président Moon, pour créer un environnement amical entre les deux pays », avait expliqué plus tôt le bureau présidentiel Cheong Wa Dae. Cet événement a assurément marqué un nouvel élan d’échanges culturels transgénérationnels.

Chaleureusement applaudis à leur arrivée, le président et son épouse ont assisté à ce concert unique, en présence notamment des anciens ministres de la Culture Monsieur Jack Lang et Madame Fleur Pellerin, de la ministre des Sports Madame Roxana Maracineanu, et de capitaines d’industrie de grands groupes français tels Messieurs Louis Gallois et Jean-Louis Beffa.

Le président Moon Jae-in a partagé avec les quatre cents invités ce moment festif offert comme un cadeau aux spectateurs français. Le programme débuta avec le groupe Sorisawi qui fit résonner le son des grands tambours traditionnels coréens (buk). Sur le plateau, l’instrumentiste Kim Dongwook exécuta une introduction rythmique percutante et intense. En résonance aux forces telluriques, chères à l’âme coréenne, les percussions dans une dynamique communicative s’accordèrent à des vidéos projetées simultanément.

Perpétuant depuis 1951 l’héritage des anciens instituts royaux, la compagnie de Centre National Gugak, établi pour préserver et promouvoir les arts scéniques traditionnels, présenta la « Danse du couple de rossignols » (Ssangchunyaengjeon). Cette danse de cour, créée en 1828, cristallise la beauté de la culture coréenne. Expression d’un désir printanier, elle s’inspire de la parade amoureuse, à l’aube, de ces oiseaux passereaux connus pour la variété et l’harmonie de leur chant. Les mouvements élégants des interprètes et l’éclat des costumes ont séduit un public qui, le plus souvent, découvrait cette chorégraphie synonyme de raffinement et de grâce. Puis ce fut le moment tant attendu des amateurs de Pansori, genre emblématique coréen parfois qualifié d’opéra pour un(e) seul(e) artiste qui chante, déclame et danse armé d’un éventail, avec pour unique partenaire un tambourinaire. Une voix, un tambour, deux présences, mettent en lumière dans une sobriété subtile et intense la force et la beauté de la musique traditionnelle de Corée. L’artiste du jour, Madame Bang Soomi, en fit une magistrale démonstration en interprétant un extrait du Pansori « Chant de Shimcheong » (Shimcheongga). Ce récit dramatique populaire a pour trame l’histoire poignante d’une fille, qui pour sauver son père aveugle, endetté et ne pouvant se soigner, se sacrifie en se vendant à des marins qui la jettent par-dessus bord. Modèle de piété filiale, au lieu de périr en mer, elle sera sauvée par l’intervention surnaturelle du fameux roi Dragon et son père recouvrera finalement la vue. Le jeu très inspiré de Madame Bang Soomi transporta le public dans une représentation saisissante. Du grand art !

La suite du programme fut dédiée à la musique fusion. Le groupe Black String II – New Music Projet est parvenu à embrasser subtilement, par de nouveaux sons, les sources de la musique traditionnelle coréenne. Cithare à six cordes geomungo sonorisée, saxophone, batterie accompagnèrent une chanteuse de Pansori. Le groupe revisita ainsi ce genre par de grandes et jubilatoires variations d’effets sonores empruntés au jazz et à l’improvisation libre. Une approche novatrice et sensible pleine de sens et d’esprit. Avant de laisser place au duo franco-coréen Moon Gogo, composé d’E’Joung-ju, joueuse de geomungo et de Federico Pellegrini, guitariste et chanteur. Les musiciens ont privilégié un répertoire éclectique en interprétant « Candy Story », « La Chanson de Prévert » et « Chulgang » (Fabrication de fer).



Echos des musiques de Corée,
le concert pluriel alliant la tradition à la modernité, organisé à Paris à l’occasion de la visite du président Moon, a enthousiasmé le public parisien. ©Choeng Wa Dae

La troisième partie de ce rendez-vous musical fit la part belle aux musiques populaires d’aujourd’hui. La chanteuse Kim Nayoung, figure de la grande vague de l’Hallyu et de la K-pop, à travers ses interprétations de bandes originales des dramas télévisuels coréens, a conquis la salle avec deux titres très connus : « Te reverrai-je à nouveau ? » et « Je ne vois que toi », tirés respectivement des B.O. du K-Drama de la KBS Les descendants du soleil et du K-drama de tvN Qu’est-ce qui cloche chez la secrétaire Kim ? Le premier narre une romance sur fond de guerre entre un militaire engagé dans les forces spéciales et une chirurgienne, une fresque sentimentale qui mélange les genres et enchante ces dernières années les téléspectateurs de près d’une trentaine de pays. Le second s’apparente à une comédie romantique pleine d’humour racontant comment un jeune vice-président tente de récupérer sa fidèle, parfaite et indispensable secrétaire qui vient de démissionner ? La douceur de la voix de Kim Nayoung – chanteuse qui connaît depuis quelques années une carrière phénoménale – et les images de ces célèbres séries télévisées projetées sur grand écran ont engendré un sentiment, chargé d’émotion et d’une certaine nostalgie. Un succès tant ces séries culte sont appréciées en Corée, en Asie et dans le monde entier.

Des cris dans la salle annonçaient le groupe BTS (Beyond The Scene). Il n’y a pas, du moins selon les critiques, de meilleure formation représentant la K-pop aujourd’hui. Plébiscités sur les scènes du monde entier, les sept garçons, idoles des adolescentes, ont interprété deux titres de leur répertoire : « DNA » et « Idol ». Dans des chorégraphies taillées au millimètre, ce célèbre boys band qui a récemment remporté le prix Favorite Social Artist aux American Music Awards 2018, a littéralement galvanisé l’auditoire. A la fin du concert, le président Moon et son épouse Madame Kim Jung-sook ont rejoint les artistes tous réunis sur scène pour les saluer et les féliciter chaleureusement un à un. Dans le même temps, un grand nombre de fans attendait à l’extérieur les stars de la K-Pop qui ont joué quelques jours plus tard à guichets fermés (les 19 et 20 octobre) à l’AccorHotels Arena de Bercy. Deux concerts en France dans le cadre d’une tournée mondiale, intitulée « Love Yourself ». Les 28 000 places pour les deux soirées ont, paraît-il, été vendues en quelques minutes !

Notons enfin qu’un dîner d’Etat a été offert le 15 octobre au palais de l’Elysée en l’honneur du président coréen et de son épouse. Parmi les invités, figuraient de nombreuses personnalités du monde culturel français et coréen (éditeurs, coréanologues, artistes…), dont Lee Ufan, célèbre plasticien, philosophe et écrivain. Par ailleurs, lors de son séjour dans la capitale, Madame Kim Jung-sook, épouse du président, a visité le musée du Louvre. Preuve s’il en fallait de l’importance des liens culturels entre la Corée et la France.

Poignée de main
à l’Elysée entre les deux présidents Moon Jae-in et Emmanuel Macron. ©Choeng Wa Dae

Dans une déclaration conjointe, les deux chefs d’Etat, Emmanuel Macron et Moon Jae-in, sont convenus de porter à un nouveau niveau le « partenariat global franco-coréen pour le 21e siècle », sur la base de leur attachement commun aux valeurs de la démocratie, à la défense des droits de l’Homme, à l’Etat de droit et au multilatéralisme. En précisant que « Dans le domaine culturel, la France et la République de Corée entendent poursuivre le renforcement de leurs partenariats dans tous les domaines : arts visuels, patrimoine, arts de la scène, arts de la rue, arts numériques, musique, design, mode, architecture, bande dessinée/manhwa, gastronomie, cinéma, artisanat. Les deux pays continueront également d’encourager le développement des échanges dans le domaine de l’édition et du livre. »





Cet article est extrait du numéro 97 de la revue "Culture Coréenne", publication du Centre Culturel Coréen. Pour découvrir ce numéro dans son intégralité, cliquez ici.


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