« Scènes de vie en Corée » de Martine Prost

« Scènes de vie en Corée » de Martine Prost

C’est avec un réel plaisir que nous avons découvert et lu avec gourmandise ce livre paru en mars 2011 aux éditions L’Asiathèque – Maison des langues du monde. Parmi les ouvrages consacrés à la Corée, celui-ci nous a paru particulièrement intéressant et original car Martine Prost* y relate des « saynètes authentiques » tirées de la vie quotidienne des Coréens, qu’elle capte et interprète avec une rare subtilité. Elle propose au lecteur des clefs permettant de décrypter ce qui lui est donné à voir et d’explorer, ce faisant, quelques facettes « secrètes » de l’âme coréenne.

Martine Prost a réalisé là un ouvrage riche et subtil, précieux pour tout Occidental désireux de mieux comprendre la société coréenne et d’appréhender la sensibilité des Coréens , leur mode de pensée et de comportement.

Pierre Cambon, conservateur en chef du Musée Guimet, fin connaisseur de la culture coréenne, a préfacé avec beaucoup de justesse - et de talent - ce livre et sa préface en restitue artistement la substantifique moelle. Nous vous proposons donc de la découvrir ci-dessous, en espérant que cette présentation vous donnera très envie de lire cet opus hors du commun, sortant vraiment des sentiers battus des textes que l’on peut habituellement trouver sur la Corée et les Coréens.

G.A.

La Corée au fil des jours, « un essai d’interprétation »...


Le propos de Martine Prost est ambitieux malgré la modestie du sous-titre. Il est de tenter d’expliquer la Corée, sa spécificité, par le prisme des mots et des comportements - analyse sensorielle autant qu’intellectuelle, entreprise sur un mode intimiste, avec une grande finesse et de façon très libre, l’originalité de l’ouvrage se voyant renforcée par la simplicité du ton, la qualité des sources, un sens aigu de la situation qui ne va pas sans humour et un talent indéniable de conteuse.

La démarche est originale - une série de saynètes, de croquis sur le vif, prétextes à analyses, souvent à digressions, qui frappent par la justesse des points de vue et des observations. Le premier chapitre commence en fanfare avec le nettoyage à grandes eaux d’une salle de bains, morceau d’anthologie qui est en soi déjà tout un programme, car la Corée c’est le pays des montagnes, celui de l’abondance, celui où l’on aime à voir grand, qu’il s’agisse des avenues, des gratte-ciel, des idées ou des rêves - un pays marqué par l’empreinte du confucianisme, de sa rigueur et de son exigence, un pays qui rêve d’harmonie et où le groupe prévaut sur tout individu, un pays qui a le culte de l’élite et de la réussite et où chacun est responsable des malheurs qu’il subit. Une société somme toute où prime l’ambivalence, où les codes n’empêchent pas l’émotion, la fantaisie et l’individualisme, une société qui frappe par son goût du mouvement, sa réactivité, une souplesse que l’on n’attendrait pas au vu d’un modèle apparemment rigide.

Car, il est vrai, et Scènes de vie en Corée le montre avec une étonnante fraîcheur, la liberté n’est pas toujours où on l’attend. Certes, le modèle coréen, comme tout modèle, a ses zones d’ombre. Sa réussite toutefois réside en ce que chaque Coréen s’identifie à son pays, à sa culture, à son identité, et bien sûr à sa langue. C’est le haut niveau d’éducation, l’excellence dans le domaine des arts - de la musique aux arts plastiques et jusqu’au cinéma. C’est aussi le goût du défi, le sentiment d’être constamment en éveil, la soif de paix, de solidarité humaine. Martine Prost, par sa démarche très personnelle et sans jamais se départir d’un regard amusé et de son sens critique, nous entraîne avec générosité au sein d’un monde qu’elle aime et qu’elle nous fait aimer parce qu’il est attachant ; plutôt qu’un simple essai sur la Corée, ce qu’elle nous offre, c’est le portrait de son âme, de son identité.

Le livre est une mine de renseignements, d’informations utiles, une source de réflexion souvent beaucoup plus riche que bien des thèses académiques et articles érudits parce que l’auteure sait en donner chaque fois le sens et le contexte et que sa lecture est toujours passionnante, le récit enjoué, facile et agréable, d’une grande liberté et aussi d’une grande honnêteté. C’est un voyage dans ce que la Corée a de plus authentique, la vie de tous les jours avec sa gaieté, ses angoisses, une vitalité viscérale qui va de pair parfois avec un spleen quasiment baudelairien qu’exprime la musique.

Mélange d’idéalisme et de volontarisme, d’ouverture et de repli sur soi, associé à un pragmatisme foncier, la Corée peut parfois déstabiliser. Mais, dans ce pays du Matin clair, contradictions et paradoxes ne sont pas un problème parce qu’existe cette énergie vitale (le ki) et celle-ci Martine Prost sait la faire passer et en faire profiter le lecteur. On ne saurait trop recommander la lecture de l’ouvrage pour son approche qui fait fi de toutes les conventions et de tous les clichés, mais aussi pour les questions qu’il pose sur le monde d’aujourd’hui- la Corée pour elle-même, la Corée comme exemple, la Corée comme miroir et interrogation.

*Martine Prost, qui connaît parfaitement la Corée et sa culture, est maître de conférences à l’UFR de langues et civilisations orientales de l’Université » Paris-Diderot et directrice de l’Institut d’études coréennes au Collège de France. Docteur en linguistique, elle est l’auteur de nombreux articles portant sur la langue et l’écriture coréennes. Elle a été attachée culturelle à Séoul de 1992 à 1996. Ses liens avec la Corée sont nombreux, profonds et très anciens.



Cet article est extrait du numéro 82 de la revue "Culture Coréenne", publication du Centre Culturel Coréen. Pour découvrir ce numéro dans son intégralité, cliquez ici.

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