Prix Culturel France-Corée 20
Par Marc ORANGE et Georges ARSENIJEVIC

La cérémonie de remise du Prix Culturel France-Corée 2011 a eu lieu à l’Ambassade de Corée le 9 mai 2012. C’était la 12e édition de ce prix qui atteint désormais un âge « respectable ». Il est décerné, chaque année, par un comité présidé par M. l’ambassadeur et récompense les institutions ou personnes qui se sont distinguées par leur contribution à une meilleure connaissance en France de la culture coréenne. Trois lauréats ont été primés cette année : Le Festival International des Cinémas d’Asie de Vesoul, l’artiste peintre Bang Hai Ja et les co-traducteurs Jeong Eun-Jin et Jacques Batilliot. Chacun de ces lauréats, que nous avons le plaisir de vous présenter ci-après, a oeuvré, dans son champ d’activités, pour faire mieux connaître en France un aspect de la culture coréenne. Soulignons, enfin, que cette édition 2011 du prix était dotée par Saint-Gobain, représenté lors de la cérémonie par M. Maurice Hamon, directeur des Relations générales du groupe.

Cérémonie du Prix Culturel France-Corée 2011.
De gauche à droite au premier plan : MM. Georges Lemoine, Marc Orange et Chérif Khaznadar, membres du Comité ; Jeong Eun-Jin et Jacques Batilliot, co-traducteurs ; M. Jean-Marc Thérouanne, délégué général du FICA ; M. l’Ambassadeur Park Heung-shin ; Mme Bang Hai Ja, artiste peintre ; M. Maurice Hamon, membre du Comité et directeur des Relations générales de Saint-Gobain. Derrière : Mme Martine Thérouanne, présidente du FICA et M. Olivier Kaeppelin, du Comité.
Le Festival International des Cinémas d’Asie de Vesoul
Le FICA de Vesoul, qui en est à sa 18e édition, a été créé en 1995. C’est une très belle vitrine du cinéma asiatique en France. Depuis ses débuts, il a toujours porté un grand intérêt à la cinématographie coréenne, programmé régulièrement des films coréens et beaucoup contribué à faire connaître dans l’Hexagone le cinéma de Corée. Au fil de ses éditions, le festival a invité - et souvent primé - des cinéastes et acteurs coréens. Parmi ces personnalités, on peut citer, entre autres, les réalisateurs Park Kwang-su, Im Kwon-taek, Lee Doo-yong, Hur Jin-ho, Jeon Soo-il, Noh Young-seok, Jeon Kyu-hwan, l’acteur Sin Song-il, ainsi que nombre de producteurs et professionnels du cinéma coréen.
L’édition 2011 du FICA (année pour laquelle lui a été décerné le prix), fut particulière- ment fructueuse pour la cinématographie coréenne, mise à l’honneur avec une rétrospective d’une trentaine de films, tout à fait exceptionnelle dans le paysage festivalier français. En plus du grand nombre de films présentés, cette édition 2011 a réuni de nombreux invités prestigieux tels Kim Dong-ho, l’ancien directeur et fondateur du festival de Pusan (le plus grand festival d’Asie ), M. Kim recevant en cette occasion à la fois le Cyclo d’honneur du festival et la Médaille d’honneur de la ville de Vesoul qui lui a été remise par le député-maire et ancien ministre Alain Joyandet.
Etaient également invités, en 2011, les cinéastes Jeon Soo-il, Lee Myung-se (président du jury international) et le jeune cinéaste Park Chur- wong, dont le film Where are you going a obtenu la mention spéciale du jury. Plusieurs critiques et spécialistes du cinéma coréen étaient aussi conviés dans le cadre de cette édition exceptionnelle. Enfin, une soirée « Spécial Corée », avec concert de musique traditionnelle, et une exposition de peinture coréenne étaient également proposées aux festivaliers.
Cette édition 2011 a remporté un grand succès et rassemblé plus de 28 000 spectateurs, ce qui est remarquable si on considère le fait que la ville de Vesoul compte 20 000 habitants !
Enfin, le festival continue à être attentif à la production coréenne puisque sur les deux films présentés en 2012, Dance Town de Jeon Kyu-hwan a remporté le Grand prix du jury international. Il faut aussi souligner qu’il suscite de plus en plus d’intérêt (30 000 spectateurs en 2012 !).
Compte tenu de son travail d’exploration de la cinématographie coréenne, depuis 1995, et de son édition 2011 qui lui a rendu un bel hommage, le Prix Culturel France-Corée a été décerné au FICA de Vesoul pour sa contribution à une meilleure connaissance en France du cinéma coréen.
BANG Hai Ja
Artiste peintre
Bang Hai Ja est née à Séoul en 1937 et vit en France depuis 1961. Elle fait partie de la 1re génération de peintres abstraits coréens. Ses débuts à Paris ont tout de suite été remarqués par l’historien d’art et critique Pierre Courthion qui n’a eu de cesse de l’encourager. C’est, en fait, à l’extérieur de son pays que Bang Hai Ja va vraiment découvrir ses racines et qu’elle choisit délibérément de garder en référence sa culture coréenne, les techniques, l’approche de l’univers qui a été celle de son enfance et de son adolescence.
Gilbert Lascault, auteur de Bang Hai Ja, la première monographie en français de l’œuvre, publiée par le Cercle d’Art, écrit en 1997 : « La peinture de Bang Hai Ja ne cesse de nous offrir de nouvelles vues de l’univers. Elle est d’abord un regard sur le cosmos : regard qui admire l’univers et qui nous aide à en admirer les multiples beautés... ».
De nombreuses expositions ont été consacrées à Bang Hai Ja en France, en Corée, en Suisse, en Allemagne, en Suède, en Belgique, aux États-Unis, au Japon et au Canada. Proche des poètes, elle a illustré plusieurs ouvrages avec des lavis pour les Editions Voix d’Encre : Une joie secrète de Charles Juliet (2001), Aux chants des transparences de Roselyne Sibille (2002) et Éclosion de Kim Chi-ha (2006). Sans oublier Les Mille monts de lune, poèmes des moines bouddhistes publiés chez Albin Michel en 2003 (collection « Les carnets du calligraphe »).
Bang Hai Ja a toujours cherché, dans ses peintures, à faire jaillir la lumière. Et cette quête de lumière, combinée à une réflexion sur le mystère de la vie et de la création, a donné naissance à des toiles magnifiques. Des toiles où se mêlent Orient et Occident, fruits d’une perception contemplative du monde.
Pierre Courthion, Gilbert Lascault, Pierre Cabanne, Charles Juliet, Maurice Benamou, André Sauge, Olivier Germain-Thomas, Valère Bertrand, Patrice de la Perrière, Alain Blanc, et bien d’autres ont écrit sur elle.
Le Cercle d’Art, connu pour ses beaux livres, lui a consacré, en 2007, une 2e monographie (portant sur ses œuvres récentes) intitulée Bang Hai Ja - Souffle de lumière. Cet éditeur a, dans son catalogue, les monographies des plus grands artistes du monde : Picasso, Chagall, Miro, Baselitz, Botero... Et Bang Hai Ja, qui figure donc dans une collection très prestigieuse.
L’artiste a reçu, au long de sa carrière, nombre de distinctions : Prix d’art sacré à l’Exposition du Grand Prix International de Monte-Carlo (Monaco), Médaille de la ville de Montrouge, Médaille du mérite culturel décernée par le président de la république de Corée, etc.
En 2011, l’actualité de Bang Hai Ja a été très riche, notamment en France. Ainsi, la galerie Guillaume a exposé en mars, dans le cadre du salon « Art Paris », une douzaine de ses œuvres réalisées en résonance avec des textes de François Cheng. Puis, à Fécamp, dans le célèbre Palais de la Bénédictine, Bang Hai Ja a présenté (du 25 juin au 25 septembre) une exposition de belle envergure qui a remporté un grand succès. Par ailleurs, toujours en 2011, un film du réalisateur Philippe Monsel, Chant de lumière, lui a également été consacré.
Enfin, Bang Hai Ja a toujours essayé, au fil de ses expositions, de promouvoir la culture de son pays. Elle a ainsi beaucoup œuvré pour amener les organisateurs français à présenter d’autres événements coréens et notamment contribué à l’organisation de concerts de musique traditionnelle, de projections de films, de conférences sur la Corée... Dans de nombreuses villes, Bang Hai Ja a également fait des démonstrations de calligraphie, art dont elle possède une belle maîtrise et qu’elle a d’ailleurs enseigné au Centre Culturel Coréen de 1998 à 2008.
Compte tenu du talent de l’artiste, de ses 50 ans de carrière, de ses multiples expositions et de son actualité en 2011, le Prix Culturel France-Corée 2011 a été décerné à Bang Hai Ja pour sa contribution à une meilleure connaissance en France de l’art contemporain coréen.
EONG Eun-Jin et Jacques BATILLIOT
Co-traducteurs
Jeong Eun-Jin a fait des études de langue et littérature françaises en Corée. Après avoir obtenu sa licence à l’université Sogang, en 1992, elle est venue en France où elle a préparé, à l’université de Nanterre, d’abord une maîtrise puis un doctorat en littérature française obtenu en 1998. Elle s’est ensuite tournée vers la traduction littéraire, domaine dans lequel elle a mené depuis une réflexion théorique et pratique. Cette démarche l’a conduite à rédiger une seconde thèse de doctorat portant sur la traduction littéraire. Bien que travaillant pendant quelques années comme interprète, la traduction littéraire reste son centre d’intérêt et elle rédige de nombreux articles sur la littérature coréenne et sa traduction en français (publiés entre autres dans la revue Tan’gun).
Connaissant très bien la société coréenne mais également celle de sa patrie d’adoption, elle s’est, entre autres, penchée sur le risque excessif que peut prendre le traducteur pour présenter une image qui ne soit pas perçue comme étrange, ce même traducteur devant se garder d’un rigorisme excessif qui mettrait à mal et appauvrirait la diversité du vivant.
Jacques Batilliot, lui, a un parcours différent. Licencié en sciences économiques (1969), il est également diplômé de l’Institut d’études politiques de Paris (1972). Il a fait toute sa carrière dans l’édition du livre, jeunesse et littérature, chez de grands éditeurs comme Hachette, Hatier ou Fayard mais aussi dans la presse pour enfants (par exemple chez Bayard presse). Il a travaillé cinq années en Asie (Vietnam et Hong-Kong) pour les éditions Hachette Fillippachi. Ce fut également pour lui l’occasion de s’investir dans l’aide humanitaire à l’enfance défavorisée d’Asie. En 1990, à l’occasion d’une mission en Corée, il découvre ce pays. Depuis, son intérêt pour la péninsule coréenne ne s’est jamais démenti et, par la suite, il y fera de nombreux séjours.
Unissant leurs connaissances Jeong Eun-Jin et Jacques Batilliot œuvrent pour proposer au public francophone une sélection de grands auteurs coréens tels Hwang Sok- yong, Oh Jung-hi, Shin Kyung-sook, Yi Chôngjun, contribuant ainsi à l’enrichissement du fonds coréen en France.
Si Jeong Eun-Jin a signé seule des traductions de nouvelles publiées dans la revue Tan’gun ou dans le Courrier international, les deux noms apparaissent régulièrement sur des traductions publiées depuis 2004. Citons La Pierre tombale (Picquier, 2004) et L’Oiseau (Le Seuil) d’ Oh Jung-hi, Le Vieux Jardin (Zulma, 2005) de Hwang Sok-yong, Le Bol de riz du maître (Autre Temps, 2007) de Yi Chông-jun, La Chambre solitaire (Picquier, 2008), Li Chin (Picquier, 2010), Prends soin de maman (Oh Éditions, 2011) de Shin Kyung-sook. Les éditions Chan-Ok, spécialisées dans les livres pour enfants, ont également bénéficié de leur travail avec Oneuli, récit du long voyage d’une petite fille sur la terre puis au ciel.
Les activités de ces deux co-traducteurs ne s’arrêtent pas à la littérature. On leur doit aussi les traductions de quelques scénarios et le sous-titrage de plusieurs films. On peut citer Ivre de femmes et de peinture (2002), La Pègre (2005) d’Im Kwon-taek, le premier de ces films ayant connu une large diffusion en France, La Femme est l’avenir de l’homme (2003), Conte de cinéma (2005) de Hong Sang-soo, Secret Sunshine (2005), Poetry (2010) de Lee Chang-dong et Une vie toute neuve (2009) d’Ounie Lecomte.
Leur travail a été reconnu en Corée dès 2006, année où ils ont reçu le prix de la fondation Daesan pour leur traduction du Vieux jardin de Hwang Sok-yong. En 2010, le Korea Literature Translation Institute les a choisis comme « traducteurs d’excellence ».
C’est également eu égard à la qualité de leur travail que le Prix Culturel France-Corée 2011 a été attribué à Jeong Eun-Jin et Jacques Batilliot pour leur contribution à une meilleure connaissance en France de la littérature coréenne mais également du cinéma coréen.
Cet article est extrait du numéro 84 de la revue "Culture Coréenne", publication du Centre Culturel Coréen. Pour découvrir ce numéro dans son intégralité, cliquez ici.


