Première édition du Printemps Coréen de Nantes

Par Guillaume LECAPLAIN
Journaliste

Première édition du Printemps Coréen de Nantes

Concerts, expos, conférences, films, ateliers : du 27 mai au 16 juin 2013, le premier « Printemps Coréen » de Nantes a déployé un large panel des arts de la Corée. Devant le succès de cette première, et la belle curiosité des Nantais, l’événement compte bien se pérenniser. Compte rendu.

Nantes et la Corée. « L’Extrême-Occident et l’Extrême-Orient d’un même continent, l’Eurasie », selon le mot du grand poète Ko Un. Pendant trois semaines, le premier a vibré au rythme du second. Et c’est une sélection particulièrement riche de la palette de l’art coréen qui était à l’honneur de la cité bretonne à l’occasion du premier festival du Printemps Coréen. « Il y a 10 000 km de distance qui nous séparent, mais j’ai l’impression d’avoir vécu avec vous comme avec des voisins », a encore appuyé Ko Un à l’occasion d’une lecture mémorable de ses œuvres, au tout début du festival. Plaçant d’emblée celui-ci sous le signe de la poésie et de la fraternité.

Le grand écrivain a d’ailleurs interprété - plutôt que lu - ses poèmes courts et saisissants, qui parlent de choses profondes à partir d’anecdotes simples. Le tout en quelques mots. Il était artistement secondé par l’acteur Laurent Maindon pour la version française.

Encore assez peu connu en France, où d’ailleurs la lecture de poésie reste marginale, Ko Un est en revanche considéré en Corée comme un géant de la littérature nationale. Pour sa visite exceptionnelle à Nantes, « sa première dans cette vie », a-t- il tenu à préciser, Ko Un était accompagné par cinq députés coréens, rien de moins, et par le directeur du Centre culturel coréen en France, Lee Jong-Soo. « C’était très beau, très profond », a résumé Lise-Marie, une trentenaire nantaise, après avoir assisté à la soirée « Et particulièrement les poèmes zen ». La jeune femme s’est même promis d’aller acheter les œuvres du poète disponibles en français.

Le grand écrivain Ko Un, ici avec l’acteur Laurent Maindon, a d’emblée placé le festival sous le signe de la poésie et de la fraternité. Photo : GL

LES NANTAIS SCOTCHÉS PAR LE PANSORI

Parmi les autres perles de la culture coréenne encore peu connues dans l’Hexagone, il y a évidemment le pansori. Ce spectacle musical à mi-chemin entre le conte et l’opéra est interprété par une seule chanteuse (ou un chanteur), uniquement accompagnée par un percussionniste. à Cosmopolis, l’espace nantais où s’est déroulée la majeure partie de ce premier festival, Cho Joo-Seon a interprété Simcheongga. Pas toute la pièce, non, qui fait plus de 4 heures dans sa totalité ! Mais le moment-clé, cette dernière partie au cours de laquelle le père aveugle recouvre la vue grâce à la voix de sa fille.

La chanteuse a littéralement scotché les nombreux spectateurs présents, qui ont applaudi plusieurs fois durant la représentation, la saluant debout à son issue. Et pourtant, ce n’était pas gagné car la salle était essentiellement composée de Nantais qui ne comprenaient pas le coréen. « Le visage de la chanteuse est tellement expressif ! On suivait l’histoire malgré tout... », résume Ewen, un Nantais qui s’est déplacé « par curiosité » à Cosmopolis ce soir-là.

Mais Cho Joo-Seon n’était pas venue pour jouer et repartir. Le Printemps Coréen a eu l’intelligence de proposer aux artistes de participer à des rencontres avec le public et les artistes locaux. Ainsi, La chanteuse a, dès le lendemain de son concert, participé à un atelier ouvert à tous où elle a pu expliquer son art. Et quelque jours après, elle figurait à l’affiche de la soirée « Nant / Co ».

Rayonnante Cho Joo-Seon, qui a initié un public captivé à l’art du pansori, cet opéra-conte traditionnel. Photo : leraf.com

L’espace Cosmopolis à Nantes, accueillait une exposition réunissant 7 artistes contemporains, nous parlant, à travers leurs œuvres, du monde d’aujourd’hui. Photo : GL

BIENTÔT UN CD POUR LA CRÉATION « NANT / CO »

Il s’agit là de l’un des autres événements majeurs du festival. « Nant / Co » est le nom de code d’un projet qui réunissait des artistes nantais d’horizons divers et des musiciens coréens. A savoir : Cho Joo-Seon, la chanteuse de pansori, avec Simon Mary (contrebasse), Daniel Givone (guitare), Gustave Ovalles (percussion), François Ripoche (saxophone) et l’une des organisatrices du festival, E’ Joung-ju, au geomungo.

Moment symbolique entre tous des liens entre Nantes et la Corée, « Nant / Co » a mixé les cultures devant la salle comble du Pannonica. Un véritable melting-pot musical entre le jazz et la musique traditionnelle. « Ce mélange était incroyable, ça a très bien fonctionné », s’enthousiasme E’Joung-ju. « Le public avait une très bonne écoute ». Et les musiciens ont tellement apprécié l’alchimie qu’ils ont décidé de continuer l’aventure. « Nant / Co » devient en e et un projet à long terme, avec une tournée envisagée d’ici deux ans... et enregistrement d’un CD en vue. Une belle réussite, et un beau symbole, aussi, des liens tissés entre la scène locale et les artistes coréens.

E’ Joung-ju, par ailleurs co-organisatrice du festival, a confronté les notes de son geomungo avec celles des artistes de la scène locale. Photo : Joo Shin

NORIDAN À LA RENCONTRE DU GRAND ÉLÉPHANT

De même, s’il y en avait qui devaient se rencontrer, c’étaient bien eux : Noridan et Les Machines. Les deux ont le goût des gros engins ludiques et mécaniques et des déambulations. Mon premier est coréen, et mêle à la tradition de son pays une influence des fanfares afro-brésiliennes. Mon second a fait la renommée de Nantes avec sa Galerie des Machines, son Carrousel des Mondes Marins mais surtout évidemment son Grand éléphant.

Les membres de Noridan, entre deux parades dans les rues – par miracle ensoleillées ces après-midis – ont eu droit à une visite privée des ateliers des Machines et une discussion avec le directeur, un Pierre Oré ce visiblement charmé par l’originalité des Coréens déjantés. échanges de savoirs d’un bout à l’autre du continent.

Alors, bien entendu, il ne faut pas oublier la fête de clôture, avec les artistes multimédia de Joyul, encore une fois inconnus en France mais adulés en Corée. Si bien que dans la salle du Stereolux, des étudiantes coréennes, venues en groupe, étaient ravies de pouvoir en n les approcher de si près.

Dans un registre moins sonore, le Printemps Coréen comprenait également un cycle de conférences très suivies (sur la BD, la médecine, l’histoire du pays, le jeu de go...) et une exposition, « Notre histoire », qui a rassemblé pas moins de 7 artistes contemporains autour des questions de la mémoire.

PAS UNE GRANDE DIASPORA À NANTES, MAIS DES ÉTUDIANTS

L’initiative de ce large festival revient à Mee Ra Baudez, « d’origine coréenne mais de culture française », comme elle se définit. Cette infirmière et thérapeute s’est installée en 2008 avec la musicienne E’ Joung-ju à Trentemoult, petit village de pêcheurs qui touche Nantes et qui est désormais habité par des artistes.

Pendant plusieurs années, les deux jeunes femmes ont organisé des soirées consacrées à la culture coréenne, chez elles, puis dans les bars, les restaurants, les maisons de quartier. E’ Joung-ju faisait découvrir aux Nantais plutôt ébahis l’instrument dont elle est maîtresse, ce fameux geomungo. Il faut dire que l’objet est imposant : c’est quasiment un petit arbre (1,65 mètres) sur lequel on aurait planté des cordes.

« On a connu beaucoup de succès », se remémore Mee Ra. Le public de ces soirées était constitué en majorité « de personnes de la région », analyse-t-elle. « Il n’y a pas une grande diaspora coréenne à Nantes, même s’il y un important va-et-vient d’étudiants ».

Les soirées des deux Nanto-coréennes se sont en tout cas imposées dans le paysage culturel local. A tel point que l’idée d’un festival a germé, puis grandi. L’initiative a éveillé l’intérêt du Centre culturel coréen. Avec le réseau des uns et des autres, grâce aux liens tissés par E’ Joung-ju et Mee Ra avec les artistes locaux, il s’est vite avéré que ce « Printemps Coréen » serait un événement fort. Il a d’ailleurs été repéré par l’Unesco et promu sur le site de l’organisme. Il est vrai que « c’était la première fois qu’un festival de cette envergure, avec une telle diversité de propositions, était organisé en France », se félicite Mee Ra.

La compagnie Noridan a déambulé, avec sa fanfare loufoque et ludique, dans les rues de Nantes. Photo : Joo Shin.

Joyul a clos le festival, le 15 juin, par un final mêlant hip-hop et multimédia. Photo : leraf.com

OBJECTIF, PARTICIPER À L’ANNÉE DE LA CORÉE EN FRANCE

Le but n’était pas de faire un show et de repartir. Mais bien de « créer des liens culturels entre Nantes et la Corée ». Pari gagné pour beaucoup d’artistes invités lors de l’événement, on l’a vu.

Mais ce n’est que le début. Au regard du succès de cette première édition, Mee Ra et E’ Joung-ju voient déjà plus loin. Les deux jeunes femmes imaginent faire du Printemps Coréen de Nantes un relais immanquable de l’année de la Corée en France, qui aura lieu en 2015. « On espère bien que tous les événements ne se dérouleront pas qu’à Paris », sourit Mee Ra. D’ici là, il faut préparer cet événement d’ampleur, et par exemple « préparer des résidences d’artistes, dès l’année prochaine », dont les créations pourraient être au menu des festivités de 2015.

Et en 2016 ? Cette fois ce sera l’année de la France en Corée. Et de même, il se pourrait bien qu’une délégation de Nantais s’invite dans cette nouvelle aventure.

Le programme complet du Printemps Coréen de Nantes 2013 est consultable sur www.printempscoreen.com



Cet article est extrait du numéro 86 de la revue "Culture Coréenne", publication du Centre Culturel Coréen. Pour découvrir ce numéro dans son intégralité, cliquez ici.

Les derniers programmes

affiche tout programme
Expositions
15e Biennale d’Art contemporain de...

Du 18 septembre 2019 au 5 janvier 2020

Autres
5e édition de « Asia Now »

Du 16 au 20 octobre

Autres
Festival du Kimchi Coréen 2019

Samedi 19 octobre 11:00-16:00