Le Prix Culturel France-Corée 2009
Par Marc ORANGE et Georges ARSENIJEVIC

C’est à l’Ambassade de Corée que s’est déroulée la cérémonie de remise du Prix Culturel France-Corée 2009. Ce fut la 11e édition de ce prix attribué, chaque année, aux personnalités ou institutions qui se sont illustrées par leur contribution à une meilleure connaissance en France de la Corée et de sa culture. Le prix, qui fait désormais partie du paysage culturel franco-coréen, est décerné par un Comité réunissant coréanologues, figures du monde culturel et donateurs, et présidé par M. l’ambassadeur de Corée. Trois lauréats ont été récompensés cette année : les éditions Philippe Picquier, le pianiste Kun Woo Paik et le conservateur en chef de la bibliothèque du Musée national des Arts asiatiques - Guimet, M. Francis Macouin. Chacun de ces trois lauréats, que nous avons le plaisir de vous présenter ci-après, s’est distingué, dans son domaine d’activités, par son action en faveur d’une meilleure connaissance en France de la culture coréenne. La cérémonie, qui a eu lieu le 18 juin 2010, s’est terminée par un joli concert du Quatuor à cordes Sori, composé de musiciens prometteurs du CNSMDP, suivi en fin de soirée par un cocktail. Enfin, soulignons que cette édition 2009 du Prix Culturel France- Corée était dotée par Lafarge, représenté en la circonstance par M. Isidoro Miranda, directeur général adjoint et co-président de la branche ciment du groupe.

A gauche : les lauréats MM. Francis Macouin et Kun Woo Paik. Au milieu : M. Park Heung-shin, ambassadeur de Corée et M. Isidoro Miranda directeur général adjoint du groupe Lafarge. A droite : M. Philippe Picquier, représentant les éditions Picquier (lauréat) et M. Choe Junho, directeur du Centre Culturel Coréen et secrétaire général du Comité.
Photo : LEE Joung-gen
Editions PHILIPPE PICQUIER
Philippe Picquier est un éditeur particulièrement dynamique qui a fondé ses éditions en 1986. Oeuvrant principalement dans les domaines des littératures chinoise, japonaise et indienne, il s’est intéressé à la Corée à partir des années 1990.
Au début, les éditions feront une brève incursion dans le champ de la littérature coréenne. Elles publieront ainsi durant ces années quelques livres d’auteurs coréens - notamment OH Jung-hi, KIM Young-ha et YUN Hung-kil - et une anthologie de nouvelles coréennes en deux volumes. Mais, c’est surtout à partir de fin 2004 que la maison va établir un programme de publications régulier et constituer, en un peu plus de cinq ans, une vraie collection coréenne. Une collection caractérisée par une belle diversité, comprenant à la fois des romans, des nouvelles, ainsi que des albums et livres pour enfants.
Au total, les éditions Philippe Picquier ont publié en France, à ce jour, quarante livres d’auteurs coréens. Plus de la moitié sont des livres pour enfants et certains d’entre eux se sont vu décerner des prix et ont connu une belle réussite. Par exemple, L’école des chats de KIM Jin-kyeong (plusieurs volumes publiés) a obtenu le prix « Incorruptibles », décerné par les libraires français, et remporté un beau succès de librairie.
Parallèlement à ces livres pour la jeunesse, la maison mène aussi une vraie politique d’auteurs, avec une fidélité à quelques grands écrivains coréens, qu’elle s’emploie à faire connaître en France et à suivre à travers la publication de plusieurs de leurs œuvres. Le très populaire romancier KIM Young-ha est un parfait exemple de cette politique éditoriale. Ainsi les éditions Picquier ont publié de lui successivement La mort à demi-mots (en 2002), Fleur noire (en 2007) et L’Empire des lumières (fin 2008). C’est surtout ce dernier roman qui a contribué à le faire découvrir en France, en particulier auprès des médias lors de sa venue à Paris en janvier 2009, à l’invitation de l’éditeur. En cette occasion, la presse française avait, en effet, été vraiment exceptionnelle, nombre d’articles importants (« Libération », « Le Monde », « Le Figaro Littéraire », « Télérama »...) étant consacrés à KIM Young-ha. L’attachement à son œuvre a d’ailleurs conduit Picquier à mettre en chantier la traduction de son nouveau roman Quizz Show, qui paraîtra prochainement.
L’écrivaine SHIN Kyong-suk, dont les premiers romans publiés en français permettent d’augurer d’un avenir prometteur, est un autre exemple de la politique d’auteurs menée par les éditions Picquier.
Avec cette politique d’auteurs particulièrement judicieuse, quelques beaux succès de librairie dans le domaine de la littérature pour enfants, et à leur actif quarante livres déjà publiés dans leur collection coréenne (dont 8 titres pour la seule année 2009 !), les éditions Picquier contribuent sans conteste à mieux faire connaître en France la littérature de Corée. En plus, l’éditeur annonce, pour les années qui viennent, un rythme de publication d’au moins cinq nouveaux livres par an. Pour ce qui est de cette année 2010, quatre livres sont d’ailleurs déjà sortis entre janvier et juin et on en prévoit encore trois pour cet automne.
Compte tenu de la qualité de leur travail d’éditeur et de leur grand dynamisme, les éditions Philippe Picquier se sont vu attribuer le Prix Culturel France-Corée 2009, pour leur contribution à une meilleure connaissance en France de la littérature coréenne.
Kun Woo PAIK
Pianiste
Kun Woo Paik est un musicien d’exception qui fait partie des grands pianistes d’aujourd’hui. Né à Séoul, il y a donné son premier concert à l’âge de dix ans. Il s’est ensuite perfectionné à l’étranger et a étudié notamment à la Juilliard School de New York avec Rosina Levine, puis à Londres avec Llona Kabos. Il a aussi travaillé avec Guido Agosti et Wilhem Kempf en Italie. Kun Woo Paik a remporté le Concours Naumburg et obtenu une médaille d’or au Concours international de piano Busoni. Sa carrière internationale démarre vraiment dans les années 1970 aux Etats-Unis, avec un concert jugé remarquable au Lincoln Center de New York, où il joue l’intégrale des œuvres pour piano de Maurice Ravel.
Depuis 1974, année où il fait ses débuts en Europe, il a collaboré avec les plus grands chefs tels Lorin Maazel, Sir Neuville Mariner, Wolfgang Sawallisch, James Conlon ou Eliahu Inbal, et s’est produit avec les orchestres les plus prestigieux tels le New York Philharmonic, le London Symphony, le Philharmonique de Saint-Pétersbourg, l’Orchestre symphonique de Berlin, l’Orchestre de Paris, l’Orchestre National de Hongrie... Il est aussi régulièrement invité dans les grands festivals : La Roque d’Anthéron, Berlin, Montreux, Aix-en-Provence, etc.
Kun Woo Paik possède un répertoire très large allant de Bach à Stockhausen et il a réalisé, en solo ou avec orchestre, de nombreux enregistrements : Scriabine, Liszt, Moussorgski, Rachmaninov, Fauré, Beethoven, Chopin... Son CD de l’intégrale des concertos de Prokofiev a reçu, en 1993, à la fois un « Diapason d’Or » et le Grand Prix de la Nouvelle Académie du Disque Français. En plus de sa carrière internationale, Kun Woo Paik est, depuis 1994, directeur musical du Festival de Dinard-Côte d’Emeraude. Ainsi, en plus d’être un grand pianiste, il est le seul musicien coréen qui dirige (et depuis seize ans !) un grand festival français de musique classique. Un journaliste a d’ailleurs
écrit sur lui qu’il était « le plus français des pianistes coréens et le plus coréen des pianistes français », ce qui paraît très juste.
C’est certainement pour toutes ces raisons, et parce qu’il est très connu et apprécié du public français, que Kun Woo Paik s’est vu attribuer en 2000, par le gouvernement français, la distinction de Chevalier dans l’ordre des Arts et des Lettres. Il faut aussi souligner que l’artiste a également été, en 2007, choisi comme membre du jury du célébrissime concours Tchaikovsky de Moscou.
Quant à l’année 2009, elle a été pour Kun Woo Paik particulièrement fructueuse. En effet, il a (pour ne citer que ces concerts dans l’Hexagone) joué avec l’Orchestre de Paris Salle Pleyel, avec l’Orchestre Philharmonique de Monte-Carlo à l’Auditorium du Prince Rainier, au Théâtre des Champs Elysées, dans le cadre de la série Prades aux Champs Elysées, dans le parc du château de Chantilly, sans oublier ses concerts donnés dans le cadre de la célébration du 20e anniversaire du Festival de Dinard-Côte d’Emeraude.
Kun Woo Paik est un grand artiste très apprécié des mélomanes français et, au plan musical, l’un des porte-drapeaux de la Corée sur la scène internationale. Le Prix Culturel France-Corée 2009 lui a été décerné pour sa contribution à la découverte, par le public français, des qualités artistiques des musiciens coréens.
Francis MACOUIN
Conservateur en chef de la bibliothèque du musée Guimet
Francis Macouin est conservateur général du patrimoine. Il travaille au musée des arts asiatiques Guimet où il est responsable de la bibliothèque. Titulaire d’une licence d’histoire et d’une maîtrise sur la proto-histoire de l’Espagne, il va accomplir son service militaire en tant que coopérant et se voit affecté, comme lecteur de français, à l’université Sungyungwan et à l’université Han’guk des langues étrangères (1971- 1975). De retour en France, il reprend des études : il abandonne l’Espagne pour un certificat d’ « Art et esthétique en Chine » et s’inscrit également à l’École nationale des bibliothécaires à Villeurbanne. Après un an à la bibliothèque universitaire de Nancy (1977-1978) en tant que conservateur il est nommé conservateur à la bibliothèque du musée Guimet où il a accompli toute sa carrière.
Si l’on regarde la bibliographie de Francis Macouin, il apparaît clairement que les quatre années qu’il a passées en Corée l’ont fortement marqué et que nombre de ses écrits portent sur ce pays, qu’il s’agisse de la peinture populaire coréenne, des paravents coréens aux huit vertus ou des fêtes en Corée dans des revues telles que la Revue du Louvre et des musées nationaux ou Arts asiatiques. Ses autres écrits montrent qu’il ne s’est pas cantonné à ce pays puisque ses deux proches voisins, la Chine et le Japon, ont également retenu son attention : publication des Carnets de voyage de Paul Pelliot (2008), des articles sur Victor Segalen, etc. Par ailleurs, F. Macouin s’est plu à mieux faire connaître la personnalité d’Émile Guimet, auquel nous devons ce très beau musée des arts asiatiques, ainsi que le musée lui-même en écrivant au sujet de pièces qu’on y peut trouver, en particulier dans sa bibliothèque.
Mais c’est, évidemment, la Corée qui a été son sujet d’études favori avec incontestablement un penchant pour l’architecture. Rappelons le rôle primordial qu’il a eu dans l’édition du 6e Cahier d’études coréennes intitulé Études d’architecture et d’urbanisme coréens (1994), cahier dans lequel il se penche sur l’architecture coréenne des XIVe et XVe siècles. Cinq ans plus tard, en 1999, il nous présente son Pavillons et monastères de la Corée (éd. Findakly), livre richement illustré de photos de Christian Murtin, mais aussi de dessins à même de faire découvrir la beauté de ces bâtiments et la subtilité de leur construction. Dans un article, cette fois, il présente les chapsang, ces figurines qui ornent les arêtiers de certains édifices. Relevons aussi son étude sur les glacières de pierre du Yeongnam où l’on peut découvrir comment les Coréens construisirent, dès le XVIe siècle, de remarquables édifices en maîtrisant d’ingénieuses techniques d’isolation qui permettaient de conserver la glace de l’hiver jusqu’en été.
En 2009, Francis Macouin a publié La Corée du Chosun : 1392-1896 (éd. Les Belles Lettres). Le propos de ce livre est de présenter, de façon synthétique, la Corée de la dynastie des Yi, ses institutions, sa population, ses arts, ou ses grands philosophes de l’époque. Ce livre est en même temps une solide base d’études puisqu’on y trouve nombre de références biographiques et bibliographiques permettant d’approfondir chaque sujet qui aura retenu l’attention.
Compte tenu de la qualité scientifique de ce dernier ouvrage mais également de celle de ses études précédentes, le Prix Culturel France-Corée 2009 a été attribué à Francis Macouin pour sa contribution à une meilleure connaissance en France de la culture et de la civilisation coréennes.
Cet article est extrait du numéro 80 de la revue "Culture Coréenne", publication du Centre Culturel Coréen. Pour découvrir ce numéro dans son intégralité, cliquez ici.


