La vague coréenne à Toulouse

Par Didier KIMMOUN
Dircteur artistique du Festival Made In Asia

La vague coréenne à Toulouse

Du 4 au 20 février dernier, Toulouse accueillait la 4ème édition du Festival Made In Asia. Depuis 2008, au moment du nouvel an lunaire, l’association Tchin-tchine propose de découvrir les cultures d’Asie en invitant à Toulouse artistes ou spécialistes de haut niveau. Loin des clichés exotiques, le festival se donne pour mission de faire mieux comprendre la réalité de l’Asie contemporaine, ses évolutions, ses contradictions, et de tisser des passerelles entre Orient et Occident.



Représentation du pansori Heungbo ga par Min Hye-seong et sa percussionniste Kwon Eun-kyeong

Lors de cette édition, la République de Corée était invitée d’honneur. Le festival a donc présenté pour la première fois à Toulouse, grâce à l’appui du Centre Culturel Coréen de Paris, de nombreuses manifestations permettant de découvrir les multiples facettes et la vitalité de la culture coréenne.

En avant-première du festival, la Cinémathèque de Toulouse avait conçu une rétrospective de 50 ans de cinéma coréen. Avec les films réalisés par Kim Ki-young, Im Kwon-taek, Kim Ki-duk, Bong Joon-ho, Park Chan- wook, Lee Chang-dong, le cinéma coréen est aujourd’hui considéré comme l’avant-garde du cinéma mondial. Grâce à l’appui du Korean Art Council, le réalisateur Im Sang-soo a inauguré le cycle Made in Korea. Devant une salle pleine, le réalisateur a enthousiasmé par son humour, sa vision d’un cinéma engagé et inventif, par ses réparties sans détours aux nombreuses questions du public.

Deux films magnifiques autour du Pansori du maître Im Kwon-taek, La Légende de la fidèle Chunhyang et La chanteuse de Pansori, ont ému le public. Âme de tout un peuple, le Pansori puise ses origines dans les cérémonies chamaniques. L’opéra Pansori est chanté par un acteur-chanteur à la voix rauque ou cassée poussée à son extrême, accompagné par le rythme d’un tambour. Pour mieux comprendre cet art, Han Yumi et Hervé Péjaudier, spécialistes du genre, ont présenté leur ludique et originale conférence musicale qui permet d’appréhender les codes du Pansori et notamment le fameux chuimse. Ces adresses du public au chanteur ont mis en joie les spectateurs, peu habitués à intervenir au cours d’un spectacle. Temps fort de ce cycle Pansori, la représentation du Heungbo ga était donnée par la chanteuse Min Hye-seong et sa percussionniste Kwon Eun-kyeong. Dans la magnifique église St-Pierre des Cuisines, assurément un des plus beaux lieux de Toulouse, en présence de Son Excellence Monsieur l’Ambassadeur Park Heung-shin, la soirée fut magique. La voix puissante et virtuose de Min Hye-seong faisait vibrer les vieilles pierres multi-séculaires tandis que les frappes précises et impérieuses de la percussionniste impulsaient ou ponctuaient les récitatifs. Tour à tour plongé dans le drame, la farce, l’épique ou la poésie, le public fasciné répondait en chuimsant à la coréenne : « Chalanda » ! Pur moment de grâce.

Soirée d’inauguration du cycle "Made in Korea" à la Cinémathèque de Toulouse, en présence du réalisateur Im Sang-soo

En Corée, la tradition nourrit, le plus souvent, la création. La plasticienne Kim Sang-lan le démontre avec son utilisation du Maedup (nœuds coréens) ou du Jiseug (vannerie de papier coréen). En occupant astucieusement la charmante galerie Lemniscate (l’artiste est aussi scénographe), elle a imposé son univers troublant et poétique fait de grandes robes de gaze suspendues, de structures de papier à forme humaine, à travers lesquelles elle pose les questions du devenir du corps, de la vie et de la mort.

Kim Sang-lan, lors du vernissage de sa superbe exposition présentée à la galerie Lemniscate du 3 au 26 février 2011

Au chapitre des découvertes, la jeune mais déjà très affirmée danseuse Sun-A Lee a ébloui par sa présence, sa technique corporelle stupéfiante et son écriture personnelle. Déjà primée dans de nombreux festivals, elle trace un chemin singulier et témoigne du renouveau de la jeune danse coréenne.

Made In Asia offrait également pour la première fois hors de Corée, la possibilité de découvrir les trésors de la médecine coréenne. Réalisant pour l’occasion une exposition unique, la Bibliothèque d’Etude et du Patrimoine proposait de mettre en correspondance le Donguibogam, encyclopédie médicale du XVIIe siècle inscrite au registre de la Mémoire du monde de l’Unesco, et de vieux livres écrits par des missionnaires partis en Asie. Outre le détail des maladies et leurs traitements ainsi que l’histoire de la médecine dans toute l’Asie, le Donguibogam développe aussi le concept de médecine préventive et de santé publique par l’Etat, un exemple sans précédent à l’époque. Les visites commentées, conférences, ateliers de découverte organisés avec la présence de représentants du Korea Intitute of Oriental Medecine ont passionné un nombreux public.

Cours de cuisine, documentaire, spectacle jeune public, soirée courts métrages, exposition sur la Corée ainsi qu’une rencontre économique ont complété un panorama qui a enthousiasmé aussi bien la communauté coréenne que le public toulousain. Une grande partie des 20 000 festivaliers ont donc surfé sur la vague coréenne qui a sans nul doute fait des adeptes dans la ville rose.



Cet article est extrait du numéro 82 de la revue "Culture Coréenne", publication du Centre Culturel Coréen. Pour découvrir ce numéro dans son intégralité, cliquez ici.

Les derniers programmes

affiche tout programme
Autres
Ouverture du nouveau Centre Culturel

Jeudi 21 novembre

Expositions
« Tekkal, couleurs de Corée »

Du 21 novembre 2019 au 14 février 2020

Concerts / Spectacles
« Scent of Ink »

Dimanche 8 décembre 16:00