« Corée d’ici », un nouveau festival à Montpellier

Par Émilie LOPES
Journaliste

« Corée d’ici », un nouveau festival à Montpellier

Du 3 au 10 novembre 2016, Montpellier et Clapiers ont vibré aux couleurs du « pays du matin calme », dans le cadre du festival franco-coréen, Corée d’ici. Pour sa deuxième édition, celui-ci a permis de célébrer les 130 ans de relations diplomatiques franco-coréennes, et les liens qui unissent nos deux pays, notamment grâce à la place donnée à la culture. Après une première édition réussie l’an dernier, Young-ho Nam, la directrice installée à Montpellier depuis 25 ans, voulait donner une impulsion nouvelle cette année grâce à plus de diversité et plus de spectacles pluridisciplinaires « pour que les Montpelliérains et les habitants de sa région découvrent la Corée, avec un maximum d’activités gratuites ou subventionnées ». « Il nous importait de permettre à chacun l’accès à la richesse de l’autre et la découverte de la Corée sous toutes ses formes », a-t-elle tenu à souligner.

Pendant une semaine, les spectateurs ont ainsi pu assister à une une vingtaine d’événements en tous genres créés par une trentaine d’artistes français et coréens. Placé sous le signe de la « collaboration », le festival a privilégié le travail « profondément enraciné dans les relations entre la France et la Corée », à l’image du concert « Mon Arirang », présenté au cœur de la salle Molière de l’Opéra de Montpellier, fruit d’une collaboration artistique entre musiciens locaux et coréens tels que Patrice Soletti, J-Kristo Camps, François Ceccaldi ou encore les artistes des troupes NoNi et Oh ! Sori. Envoûtant, subtil, enivrant, ce voyage entre les deux pays, qui fut le grand succès de la première édition du festival, est un mélange savoureux de voix, percussions et cordes avec des airs traditionnels de Corée et de musique actuelle. Un spectacle qui n’a pas laissé les spectateurs indifférents puisqu’on pouvait entendre des « sublime » et des « magique », après la représentation.

Eun-kyung Choi, célèbre danseuse coréenne, rejoint la troupe de samulnori NoNi pour une élégante danse de cour.

Les danseuses de la compagnie Corée’Graphie dirigée par Young-ho Nam avec les élèves d’Epsedanse, lors de l’inauguration du festival (3 novembre 2016)

Autre fruit de cette fusion des cultures, le spectacle de danse « La Ville en Grâce » de la compagnie Corée’Graphie dirigée par Young-ho Nam, avec la participation des élèves d’Epsedanse, qui s’est tenu à la Maison des Relations Internationales et à la Maison Pour Tous Paul-Emile Victor de Montpellier mais aussi dans la salle Jean-Louis Barrault de Clapiers. Les danseurs français ont revêtu des costumes en papier de riz lors de différentes prestations savourées par un auditoire comblé. D’une formation en danse classique et contemporaine à l’université de Séoul, Young-ho Nam, la directrice du festival, s’est installée en France en 1991 et a suivi des cours à Paris chez Peter Goss et la ménagerie de verre. En 1993, elle intègre la compagnie Jackie Taffanel à Montpellier et participe à 6 créations. Interprète dans la compagnie Susan Buirge en 2000, elle harmonise ses connaissances coréennes du corps avec la méthode occidentale. En 2003, Young-ho créée sa propre compagnie de danse Corée’Graphie à Montpellier, ville qu’elle affectionne particulièrement. Son travail questionne la similarité, la différence et les articulations entre différenciations culturelles et sociales. La confrontation entre la culture coréenne et la culture occidentale fonde sa danse, comme elle a souhaité le démontrer lors de son spectacle « La Ville en Grâce ».

Lors du festival, le grand public a pu également découvrir tous les jours la multitude de richesses dont regorge la culture coréenne, à travers divers ateliers comme le rituel de dégustation de thé, l’initiation à l’écriture coréenne, le hangeul, en apprenant de façon ludique des mots simples et pratiques du quotidien, ou encore la cuisine coréenne sous la houlette de la chef Young Min Deguine, qui a étudié la cuisine royale coréenne avant de venir perfectionner son art en France et être formée dans un hôtel 5 étoiles à Chantilly. Reconnue, elle a remporté « la cuillère d’or » et a même été finaliste en Corée du Sud de l’émission Master Chef. Parmi les autres découvertes, l’atelier K-Pop, abréviation de Korean Pop, conduit par la danseuse coréenne Hong Jee-Hyun a connu un vif succès avec plus de 200 participants.

Le septième art était aussi au rendez-vous pendant toute la semaine avec deux représentations. Le lm « Un homme coréen » de Soo-Il Jeon raconte l’histoire de deux jeunes mariés coréens en voyage de noce à Paris. Le second lm proposé, « Mademoiselle » de Park Chan-Wook, explore la Corée des années 1930 pendant la colonisation japonaise. Sensibles, touchants et émouvants, ces deux films ont conquis sans conteste le cœur des spectateurs.

Les arts visuels ont également été à l’honneur avec notamment l’exposition de photographies de danse traditionnelle « Souffle coréen » d’In-Ho Song à l’hôtel Mercure de Montpellier. Différentes danses sont photographiées comme la danse du loriot du printemps, la danse de la paix, la danse du moine bouddhiste, etc. Ancien journaliste, In-Ho Song prend des photos de danse depuis 1986. Ses œuvres ont été déclarées « archives historiques ». Ces photos présentent la visualisation du mouvement. Dans ce travail, le photographe doit fixer le plus beau moment d’une scène et capturer ce moment avec la plus belle lumière. Ses œuvres somptueuses relèvent de la beauté pure, le contraste du fond noir et la lumière du personnage central accapare l’œil de celui qui les observe.

La sculpture était aussi présente à la Maison des Relations Internationales de Montpellier avec le céramiste Shin Chul, spécialiste des jarres de lune traditionnelles coréennes Dal Hangari. Ce dernier est à la fois professeur et artiste ; il a déjà reçu plus de 100 prix et récompenses pour ses œuvres qu’on trouve dans nombre de musées du monde.

La troupe NoNi a ravi le public de l’Opéra de Montpellier grâce aux prouesses rythmiques et acrobatiques de son spectacle de samulnori (9 novembre 2016).

Côté musique, la troupe Oh ! Sori a ravi le public lors de sa représentation à la Maison des Relations Internationales de Montpellier. Elle se compose d’instrumentistes coréens expérimentés, dont la vocation est d’assurer la succession par un retour à la véritable tradition créative musicale. La troupe joue l’ensemble du répertoire de la musique coréenne, dont le Sanjo (solo instrumental), le Byeongju (duo instrumental) et le Jeongak (musique de cour), mais aussi la musique chamanique Sinawi qui tire ses origines de la province du Jeolla. Basée sur l’improvisation, cette musique est parfois appelée, du fait de son caractère spontané, « discorde harmonieuse ». En formation Oh ! Sori Sinawi, les musiciens accompagnent également une chanteuse de Pansori, interprétant des histoires du répertoire coréen superbement chantées et mimées. Un vrai régal.

Pour sa dernière soirée, dans un opéra comble, le festival a présenté un sublime spectacle, « Rythmes de Corée » offert par la troupe de Samulnori NoNi. Samulnori, le « jeu des quatre choses », se réfère à la performance de quatre instruments différents : le janggu (tambour en forme de sablier), le buk (tambour en forme de tonneau), le jing (grand gong) et le kkaenggwari (petit gong). Les rythmes de base proviennent des anciennes traditions du Nongak (musique traditionnelle des paysans) et Muak (musique chamanique coréenne). D’une rigueur technique époustouflante, ce spectacle fabuleux plonge le spectateur dans une cadence joyeuse au cœur de la tradition coréenne. La troupe NoNi est un collectif d’artistes regroupant plusieurs arts de la scène : danse masquée, chant, acrobatie... Elle a été créée pour faire découvrir et promouvoir internationalement la musique traditionnelle coréenne. Ses créations allient tradition et modernité avec des mises en scène amusantes et surprenantes où les frontières entre les spectateurs et artistes disparaissent grâce à une interactivité permanente. Certains spectateurs ont même pu entrer en scène lors d’un jeu avec la troupe, tout cela dans une ambiance festive et amicale.

Ravie, conquise, et très enthousiaste, Young-ho Nam, la directrice de Corée d’Ici a réussi son pari en offrant à Montpellier et Clapiers un large pan de culture coréenne pendant près d’une semaine. Rendez-vous l’année prochaine pour un nouveau festival !



Cet article est extrait du numéro 93 de la revue "Culture Coréenne", publication du Centre Culturel Coréen. Pour découvrir ce numéro dans son intégralité, cliquez ici.

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