Contrastes, une création de Misook Seo pour Suresnes Cités danse 2011

Par Sophie LESORT
Critique de danse

Contrastes, une création de Misook Seo pour Suresnes Cités danse 2011

Avec pour leitmotiv le désir de montrer l’universalité de l’être par la fusion des danses, la chorégraphe coréenne Misook Seo propose des pièces arc-en-ciel où son art se déploie sous toutes les formes. Malgré cela, s’il existe un style où on ne l’attendait vraiment pas, c’est bien le hip-hop. Mais, étant donné que Misook est pleine de ressources et apprécie particulièrement les challenges, elle a accepté avec enthousiasme la commande d’Olivier Meyer pour Suresnes Cités danse, un festival dédié au hip-hop.

Délicieuse et ludique scène de marivaudage

En janvier dernier nous avons donc pu découvrir « Contrastes », la création de cette femme souriante, délicieuse et si discrète. La pièce débute dans la pénombre où trois hommes s’élèvent et s’envolent à l’aide de deux longues cordes. Sur une chanson de Björk, cette ouverture aérienne évoque le jeu, la liberté, la jeunesse et la candeur. Après un court noir, une jeune fille en rollers, vêtue d’un long manteau, glisse gracieusement de part et d’autre du plateau. Elle rejoint un jeune homme resté seul et s’ensuit un magnifique duo où il semble voler tout en maintenant sa partenaire bien ancrée au sol, la faisant tourner rapidement avec une poésie sensuelle. Images irréelles comme si ces deux êtres n’auraient jamais dû se rencontrer.

Chaque scène est scandée par un noir et se déroule sur une musique différente : Beethoven, Goran Bregovic, Ahn Trio et une composition de Misook. L’écriture chorégraphique se décline comme un véritable patchwork, entre classique, contemporain et break dance, le tout parfaitement bien lié avec des mouvements entiers exécutés jusqu’au bout des doigts.

Pour la séquence suivante, la lumière de sine quatre rectangles bien distincts occupés chacun par un danseur en costume marron orné d’une chemise aux couleurs vives. Entre énergie bondissante et désarticulation, des figures savantes et parfaitement bien dansées expriment la vie dans toute sa splendeur. Car Misook n’est pas simplement chorégraphe, elle est aussi directrice d’acteurs. Pour elle, un geste doit avoir du sens, de la chair, du volume. Rien n’est laissé au hasard et même si le mouvement prime, il doit respecter la dramaturgie qu’elle s’est imposée comme fil conducteur.

Puis, l’intrigue prend de l’ampleur, la jeune danseuse, qui a ôté ses rollers, s’amuse à séduire ces messieurs. Elle les enrôle l’un après l’autre, ce qui va provoquer un passage de très belle danse ludique où s’entremêlent la sensualité et la performance physique. Sauf qu’elle les rejette tous et, piteux, ils s’éclipsent. Demeurée seule, elle se lance dans une splendide ode en hommage à la femme et à l’indépendance. Il est impossible de savoir que l’interprète de cet envoûtant solo est plus spécialiste du hip-hop que de la danse néoclassique tant elle a su s’imprégner de l’univers de Misook. Il faut avouer que chaque répétition débutait par un échauffement classique. Mais arriver à ce point à duper le public, relève d’une grande technique et d’une féroce volonté de satisfaire les vœux de la chorégraphe .

Etant donné que l’humour est souvent au rendez-vous des œuvres de Misook, les hommes, remis de leur déception, réapparaissent finalement pour un hip-hop cocasse et endiablé. Sauts périlleux en arrière, tours sur la tête, équilibres improbables, les corps se démantibulent avec une énergie redoutable pour finir dans un enchevêtrement incroyable.

On admire surtout la façon dont Misook Seo a su immiscer les cinq interprètes au sein de son monde tout en respectant le leur. Elle poursuit ainsi son vœu d’abolir les frontières. La fluidité et la générosité étant sa signature, elle ne se trahit jamais. Costumes, lumières, musiques, occupation de l’espace, dramaturgie sont étudiés avec une rare précision. A la fois épuré et harmonieux, élégant et sauvage, émouvant et humoristique, ce dernier opus de la talentueuse Coréenne prouve une fois de plus que son langage est non seulement d’une grande beauté, mais surtout universel.

« A Table ! », une pièce pour huit danseurs et un ténor, de Misook Seo, créée à Séoul le 4 novembre 2010, sera présentée en première en France le 16 septembre 2011 au Festival Le Temps d’Aimer de Biarritz (http://letempsdaimer.com).



Cet article est extrait du numéro 82 de la revue "Culture Coréenne", publication du Centre Culturel Coréen. Pour découvrir ce numéro dans son intégralité, cliquez ici.

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