6e édition du Festival Franco-coréen du Film
Par Olivier LEHMANN
Journaliste


Soirée inaugurale du festival au Saint-André-des-Arts, le 11 octobre 2011.
Voilà maintenant six ans que le Festival Franco-coréen du film nourrit les passionnés du 7e art en provenance du Pays du matin calme. Créé en décembre 2006 par l’Association 1886, qui rassemble entre autres des étudiants coréens en cinéma, celui-ci a pris progressivement de l’ampleur au point d’être aujourd’hui soutenu financièrement et logistiquement par le ministère coréen de la Culture, des Sports et du Tourisme, le Centre Culturel Coréen, le Korean Film Council, ainsi que la Mairie de Paris.
Toutefois, au fil des années, le festival n’a eu de cesse de se chercher une véritable identité. Ainsi, lors de ses premières éditions, sa programmation était constituée quasiment pour moitié de films français (les courts d’Agnès Varda et le documentaire Nos Traces silencieuses de Sophie Bredier ont même été diffusés en clôture). Mais, petit à petit, la part du cinéma français s’est considérablement réduite, au point d’être inexistante lors de la dernière édition. De même, le festival a par trois fois changé de lieu : du Reflet Médicis à ses débuts, il est passé ensuite à l’Action Christine pour se retrouver aujourd’hui au Saint-André-des-Arts. Un choix de premier ordre puisqu’avec ses salles plus spacieuses, ce cinéma indépendant, ayant révélé des réalisateurs tels que Cavalier, Kusturica ou Carax, est le rendez-vous incontournable des cinéphiles. A ce titre, il correspond d’ailleurs parfaitement à la « charte » du festival : mettre en avant les jeunes cinéastes et les productions indépendantes (comme Breathless et son metteur en scène Yang Ik-june en 2009) qui bénéficient généralement d’une diffusion très réduite en Corée.

Il apparaît néanmoins que tous les genres présents au sein de la cinématographie coréenne ont ici droit de cité. Comme en témoignent la projection des champions annuels du box-office local, des films d’action à gros budget, tels que The Chaser en 2008 ou The Man From Nowhere avec Won Bin en 2010. Avec une programmation aussi riche (une cinquantaine de films en moyenne) que courageuse (présentation cette année de l’expérimental Café noir d’une durée de 3h18), le festival semble enfin entrer aujourd’hui dans une phase de professionnalisation, même si la plupart de ses collaborateurs demeurent bénévoles. D’ailleurs, certains signes ne trompent pas : les places pour l’édition 2011 étaient en vente sur le site Internet d’une célèbre enseigne spécialisée dans la vente de produits culturels. Ce qui a permis d’organiser des tarifs attractifs notamment sous forme de Pass (35 € pour voir tous les films) et donc de battre des records de fréquentation...
Cela n’est d’ailleurs guère étonnant dans la mesure où, pour sa sixième et dernière édition en date, - du 11 au 18 octobre 2011 -, le Festival Franco-Coréen du Film proposait un programme très alléchant. A commencer par les excellents films d’ouverture et de clôture, respectivement Sunny et Leafie, sortis peu de temps auparavant en Corée. Sunny est le second film de Kang Hyeong-cheol (réalisateur de Scandal Makers) qui figure parmi les cinq plus gros succès de l’année 2011. Le cinéaste, qui a débattu avec le public après la projection inaugurale, y raconte sur un ton réjouissant et jamais larmoyant les retrouvailles d’un groupe de femmes, à l’occasion du cancer en phase terminale de l’une d’entre elles. Celles-ci évoquent alors leurs souvenirs des années 1980, époque où elles ont fait les 400 coups. Quant au film d’animation Leafie, il relate les aventures d’une poule qui s’échappe d’une ferme et se retrouve à élever un caneton contre vents et marées. Le résultat est une œuvre formidablement soignée et mature qui prône la tolérance, défend le droit à la différence et touche le cœur de tous les enfants de 7 à 77 ans.
Parallèlement à ces évènements cinématographiques, le festival offrait cinq sections, aptes à satisfaire la grande majorité du public. Ainsi, la catégorie « Paysage » proposait un panorama de longs métrages coréens contemporains, représentant de nombreux genres tels la comédie (Hello Ghost, Invasion of Alien Bikini, Castaway on the Moon...), le polar (The Unjust) ou le fantastique (Possessed). Avec un focus particulier cette année sur l’actrice invitée Jung Yu-mi (Chaw, Oki’s Movie...), dont deux œuvres étaient projetées (Café noir et Come Closer). La section « Portrait », présentait, quant à elle, les œuvres d’un jeune réalisateur, également présent, en l’occurrence Yoon Sung-hyun, auteur du remarqué Bleak Night qui a remporté le prix New Currents lors du dernier festival de Pusan.
Une vingtaine de courts métrages coréens étaient également mis à l’honneur dans la section « Shortcuts », tandis que « Classiques » proposait une poignée de longs métrages anciens incontournables, comme Eunuch de Shin Sang-ok et Promise of the Flesh de Kim Ki-young. Enfin, la section « Avant-premières » se chargeait de mettre en avant le nouveau Hong Sang-soo, The Day He Arrives.
Au final, un florilège de qualité de la production cinématographique coréenne. Mais aussi le témoignage d’un festival dynamique - axé désormais sur la Corée à 100°% -, dont le nom changera logiquement pour sa prochaine édition en « Festival du Film Coréen à Paris ». Tout un programme !

Le cinéaste Kang Hyeong-cheol

La décoiffante bande de copines de Sunny.
Kang Hyeong-cheol, réalisateur de Sunny
Vous êtes un homme mais, dans Sunny, vous évoquez les souvenirs d’une femme...
J’ai eu l’idée du film lorsque j’ai découvert une vieille photo de ma mère du temps où elle était lycéenne. Je me suis aussi inspiré des souvenirs d’une femme, rencontrée par hasard, qui faisait partie à l’époque d’un gang de voyous au féminin. Il y avait un vrai contraste entre cette dame très élégante et ses souvenirs de jeune fille experte en injures. C’est d’ailleurs en pensant à elle que j’ai créé le personnage de Jin-hee, la spécialiste de l’insulte. Enfin, j’ai puisé directement dans mes souvenirs quelques scènes en particulier, comme celle de la cantine ou lorsque Na-mi se présente à sa nouvelle classe. Comme mes parents déménageaient souvent, j’ai souvent eu l’occasion d’expérimenter cela.
Quelles difficultés avez-vous rencontrées pour reconstituer les années 1980 ?
Il a fallu d’abord récréer le style vestimentaire de l’époque. Il n’existait plus ce genre de tenues démodées en Corée, si bien que nous avons écumé la Chine pour récupérer un maximum de vêtements. La scène de la manifestation nous a aussi causé quelques soucis. Car l’équipe a passé un mois à construire le plateau de tournage et à tenter de retranscrire au détail près l’architecture et la décoration de cette période. J’avais enfin donné pour consigne aux jeunes actrices de devenir amies avant le tournage de manière à ce que leurs personnages aient un accent de vérité. Le problème est qu’elles le sont devenues beaucoup trop ! Elles bavardaient et plaisantaient bruyamment pendant certaines prises.
Que représente pour les Coréens La Boum avec Sophie Marceau, film auquel vous faites référence notamment à travers la musique ?
La Boum a été un des grands succès internationaux à l’époque et est devenu une sorte d’icône culturelle romantique en Corée. Ce film évoque de manière très efficace la période des années 1980. Le fait d’y faire référence était donc pour moi un bon moyen de plonger le spectateur dans l’ambiance.
Avez-vous été surpris par le succès du film en Corée ? Comment l’expliquez-vous ?
Je m’attendais à un succès parce que je sentais que les spectateurs aimeraient le film. Il parle de l’ironie de la vie et de la mémoire collective des Coréens. Et puis j’ai fait aussi attention à ce que l’émotion du public ne soit pas forcée. C’est hélas trop souvent le cas en Corée pour les comédies. Enfin, je n’ai pas employé de stars mais plutôt des actrices naturelles, réellement âgées d’une quarantaine d’années, qui puissent correspondre vraiment aux personnages.
Pourquoi existe-t-il une version director’s cut du film ?
A la base, Sunny était interdit aux moins de 18 ans à cause de la crudité du langage. J’ai dû alors modifier certaines scènes pour que cette interdiction soit adoucie. Cela s’est d’ailleurs fait en accord avec mon producteur qui m’a promis de sortir en salles un peu plus tard la version intégrale si le film faisait au moins trois millions d’entrées. Aujourd’hui, Sunny a atteint 7 375 000 spectateurs. Mon producteur a donc tenu parole (rires).
Propos recueillis par Olivier Lehmann en octobre 2011
Remerciements à Cassandre Dessarts et Yoo Dong-suk.
Cet article est extrait du numéro 83 de la revue "Culture Coréenne", publication du Centre Culturel Coréen. Pour découvrir ce numéro dans son intégralité, cliquez ici.


