Le coréen comme langue invitée au Festival d’Avignon

Le coréen comme langue invitée au Festival d’Avignon

04 Jul AVIGNON

Du 4 au 25 juillet 2026

Pour sa 80e édition, le Festival d’Avignon met à l’honneur la langue coréenne. Chaque année, le Festival choisit une langue invitée afin d’ouvrir un espace de découverte à travers des spectacles, des textes, des metteurs en scène et des auteurs partageant une même expression linguistique. Cette exploration invite le public à dépasser les frontières pour envisager le monde non plus comme une juxtaposition de pays, mais comme un réseau vivant de cultures et de langues en dialogue.

Le Festival d’Avignon entend ainsi proposer une vision du monde qui transcende les frontières et célèbre les liens que tissent les langues. Chacune porte en elle des valeurs profondes, une mémoire historique, des territoires multiples et une relation singulière aux arts vivants. En plaçant la langue coréenne au cœur de sa programmation, le Festival crée des passerelles avec les publics — habitants, visiteurs ou migrants — pour qui cette langue constitue une part essentielle de leur vie et de leur identité.

Grâce à une collaboration avec le Seoul Performing Arts Festival (SPAF), le Korean Arts Management Service (KAMS) et le Centre Culturel Coréen, le Festival d’Avignon propose une programmation dont près d’un quart des spectacles est présenté en langue coréenne, ainsi que des événements associés — lectures, projections et concerts.






ISLAND STORY 섬이야기
Kyung-Sung Lee – République de Corée
GYMNASE DU LYCÉE AUBANEL
Du 4 au 6 juillet à 18h30 et les 5 et 6 juillet à 12h

Island Story crée un espace d’écoute autour des témoignages des enfants de victimes et de survivants des massacres de Jeju (Corée, 1948), connus sous le nom de « 4.3 » : une manière de maintenir vivante la mémoire de celles et ceux réduits au silence.

L’île de Jeju en République de Corée fut, après la Seconde Guerre mondiale, le théâtre de l’un des épisodes les plus sanglants de l’histoire coréenne. En 1948, la police tire sur des manifestants commémorant la fin de l’occupation coloniale japonaise. La répression violente du soulèvement qui s’ensuit cause des dizaines de milliers de morts. Pendant des décennies, ces événements sont effacés des discours publics, forçant les familles des victimes à porter le poids de questions laissées sans réponses. Explorant le paysage de l’île, Island Story approche l’histoire à travers les témoignages des enfants de victimes et de survivants, qui sont donnés à entendre sur scène. La pièce cherche à maintenir vivantes, au sein de la mémoire collective, les histoires de celles et ceux qui furent autrefois réduits au silence.

En coréen surtitré en français et en anglais - Durée : 1h50




MULJIL 물질
Jinyeob Lee – République de Corée
CLOÎTRE DES CARMES
Du 4 au 7 juillet à 22h

Dans MULJIL, inspiré par les plongeuses haenyeo (해녀) de l’Île de Jeju, la poésie des corps en suspension dans des bassins remplis d’eau nous confronte à la vulnérabilité et à la frontière fragile entre la vie et la mort.

Inspirée des haenyeo (해녀) de l’île de Jeju, en Corée du Sud – ces femmes qui plongent en apnée dans les profondeurs de la mer pour récolter des coquillages – MULJIL met en scène des bassins remplis d’eau dans lesquels sont immergés les interprètes. Quatre personnages – ouvrier, femme enceinte, personne transgenre, femme mue par le désir de changer d’apparence – incarnent chacun une forme de vulnérabilité, chacun étant soumis aux pressions exercées par notre société. Les corps en suspension dans l’eau évoquent la frontière fragile entre la vie et la mort, tissant des liens étroits avec le vécu des réfugiés qui traversent la mer. MULJIL développe une réflexion collective sur la solidarité et la résilience, rappelant que, même si les êtres vivent séparés comme des îles, ils sont tous immergés dans la même mer.

Durée : 1h




CUCKOO 쿠쿠
Jaha Koo – République de Corée / Belgique
GYMNASE DU LYCÉE MISTRAL
Du 5 au 7 juillet à 18h et du 6 au 8 juillet à 11h

Dans un dialogue avec trois cuiseurs à riz, Jaha Koo revient sur les conséquences de l’impérialisme économique en Corée du Sud. Sa performance multimédia douce-amère ausculte l’isolement et l’anxiété d’une jeunesse sous pression.

Un jour, tandis que son autocuiseur sonnait pour lui annoncer que son riz était cuit, Jaha Koo a éprouvé un profond sentiment de solitude. En coréen, le mot golibmuwon (고립무원) qui désigne ce sentiment d’isolement et d’impuissance renvoie au mal-être de toute une génération. À la fin des années 1990, la Corée du Sud est touchée par une grave crise économique qui aboutit au placement du pays sous administration du Fonds monétaire international. Jaha Koo appartient à cette génération qui a connu l’explosion du chômage, des inégalités sociales et du taux de suicide chez les jeunes. Ces vingt ans d’histoire coréenne, l’artiste les revisite à travers un improbable dialogue avec trois cuiseurs à riz, entremêlant étroitement les récits politique et intime.

En coréen et en anglais, surtitré en français et en anglais - Durée : 55min




THE HISTORY OF KOREAN WESTERN THEATRE 한국 연극의 역사
Jaha Koo – République de Corée / Belgique
GYMNASE DU LYCÉE MISTRAL
Du 6 et 8 juillet à 18h et du 7 au 9 juillet à 11h

Jaha Koo et son cuiseur à riz parlant examinent l’impact du canon occidental sur l’identité culturelle coréenne. Remontant le temps, il explore les concepts d’authenticité et d’autocensure.

Pourquoi les Sud-Coréens semblent-ils s’accommoder de l’influence de la culture occidentale sur leur identité culturelle et pourquoi Shakespeare occupe-t-il une telle place ? Alors qu’on célébrait le centenaire du théâtre coréen, Jaha Koo s’est rendu compte qu’il y avait peu de place pour la tradition théâtrale de son pays. À partir de ces simples questions et de conversations avec un autocuiseur à riz parlant, le compositeur et metteur en scène interroge les notions d’authenticité et d’autocensure, explorant les failles du confucianisme moderne qui façonnent les modes de vie et les relations sociales en Corée du Sud. Ce dernier volet de sa trilogie Hamartia (Lolling and Rolling, Cuckoo) remonte le temps pour cerner l’impact tragique du passé sur nos vies et se demande comment offrir un avenir meilleur aux générations futures.

En coréen, surtitré en français et en anglais - Durée : 1h




HARIBO KIMCHI 하리보 김치
Jaha Koo – République de Corée / Belgique
GYMNASE DU LYCÉE MISTRAL
Du 11 au 15 juillet à 18h

En cuisinant dans un stand de street food coréenne, Jaha Koo mêle des récits personnels issus de vies entre plusieurs cultures, cuisine réconfortante et douleur de l’assimilation.

Adepte des performances hybrides qui mêlent parole, musique, vidéo et robotique, le metteur en scène, compositeur et vidéaste Jaha Koo invite le public au comptoir d’un pojangmacha (포장마차), l’une de ces petites échoppes typiques de Séoul. Ouverte jusque tard dans la nuit, elle devient le refuge d’une galerie de personnages hauts en couleur – anguille, escargot, ourson en gélatine – accueillant leurs anecdotes tantôt touchantes tantôt absurdes. Dans ce foodtruck où l’on se laisse surprendre par la saveur d’une soupe aux algues, le bruit sec d’un couteau tranchant un oignon ou le crépitement des champignons qui mijotent à feu vif, la cuisine sud-coréenne devient le point de départ d’un grand voyage et d’une vaste réflexion sur les paradoxes de l’assimilation culturelle.

Durée : 1h10

Quand la performance se déguste
Un mini-pojangmacha sera installé devant le théâtre afin de proposer au public les plats présents dans le spectacle : kimchijeon (galette au kimchi) et soupe froide aux algues et aux concombres. Une expérience originale qui prolonge la représentation et invite les spectateurs à découvrir la culture coréenne à travers le goût.

En collaboration avec le Centre Culturel Coréen




1 DEGREE CELSIUS 1 도씨
Sung Im Her – République de Corée
COUR DU LYCÉE SAINT-JOSEPH
Du 5 au 7 juillet à 22h puis du 9 au 11 juillet à 23h

Avec son style inimitable porté par une musique électrisante, la chorégraphe Sung Im Her invite à réfléchir à la manière dont l’art peut susciter l’action face à la crise climatique.

Avec le style électrisant qui lui est propre, et accompagnée par une musique dynamique, 1 Degree Celsius, la nouvelle production de Sung Im Her, transforme la scène en cœur battant d’un monde en réchauffement. Elle pose ainsi une question fondamentale : comment l’art peut-il inspirer l’action face aux changements de l’environnement ? Avec ses sept danseurs, la chorégraphie explore les comportements humains et leur impact sur l’environnement, à partir d’un geste aussi simple qu’essentiel : la marche. À la fois origine, signature et horizon entre espaces naturels et urbains, elle se déploie au rythme d’une musique électronique vibrante. Le résultat est une expérience sensible et physique : une planète au bord du précipice, rendue visible et viscérale à travers une multitude de corps tiraillés entre l’espoir et la résilience.

Des gilets vibrants seront à disposition du public sourd et malentendant le 6 juillet - Durée : 50min




KIN : YEONHEE PROJECT I 긴 : 연희해체프로젝트 I
Liquid Sound – République de Corée
MAHABHARATA - BAR DU FESTIVAL
Du 8 au 11 juillet à 21h30

Un art ancestral se déconstruit et renaît. À travers l’énergie de la danse et des percussions, une esthétique contemporaine, au-delà des traditions, révèle une facette inédite de la Corée.

En coréen, le mot Yeonhee désigne une forme d’art vivant vieille de plusieurs siècles, qui mêle danse, cirque et percussions : autant de disciplines qui se croisent dans les spectacles de Liquid Sound. Depuis plus de dix ans, cette compagnie, qui rassemble des artistes de tous horizons, s’emploie à faire vivre cet art traditionnel au présent, assumant d’en faire une relecture libre, absolument contemporaine et bien souvent électrique. Entre espace épuré, costumes somptueux et numéros saisissants, KIN : Yeonhee Project I traverse la culture sud-coréenne, portée par des artistes pluridisciplinaires hors-pairs dont les gestes codifiés côtoient les idées les plus avant-gardistes.

Durée : 1h




CHE DOLORE TERRIBILE È L’AMORE
Han Kang, Daria Deflorian
République de Corée / Italie
CLOÎTRE DES CARMES
Du 13 au 18 juillet à 22h

Daria Deflorian met en scène un roman de l’autrice et prix Nobel de littérature Han Kang. Entre morts et vivants, entre rêve et amitié, se glisse la mémoire d’un massacre oublié et nié.

Un jour, Gyeongha reçoit un message de son amie Inseon qui vit sur l’île de Jeju en Corée du Sud : elle se serait blessée en coupant du bois et a dû être rapatriée sur le continent. Mais elle a laissé chez elle un oiseau qui risque de mourir de faim. Dans son roman Impossibles adieux, l’autrice et prix Nobel de littérature Han Kang revient sur l’une des pages les plus sombres de l’histoire coréenne : la répression sanglante du soulèvement de Jeju en 1948. Daria Deflorian traverse et interroge ce texte troublant. La metteuse en scène partage avec Han Kang le refus de réduire les tragédies aux noms des villes et au nombre de morts. Pour approcher ce passé qui ne passe pas, il faudra éprouver la fragilité de l’humain et l’évidence de ce qui nous affecte. Peut-être qu’« alors nous serons admis parmi les fantômes ».

En italien, surtitré en français et en anglais - Durée : 1h30




OISEAU 새
Han Kang, Julie Deliquet, Isabelle Huppert et Hyeyoung Lee – France / République de Corée
COUR D’HONNEUR DU PALAIS DES PAPES
15 et 16 juillet à 22h

Dans la Cour d’honneur, Julie Deliquet met en lecture Impossibles adieux de Han Kang, porté par Isabelle Huppert et Hyeyoung Lee. Deux langues, deux présences, un même texte.

Julie Deliquet propose une lecture-performance du premier chapitre Oiseau d’Impossibles adieux, roman dans lequel l’autrice et prix Nobel de littérature Han Kang tente d’approcher par la fiction la tragédie du soulèvement de Jeju en République de Corée. Un matin, Gyeongha reçoit un message de son amie Inseon, qui vit sur l’île de Jeju. Hospitalisée sur le continent, elle lui demande de se rendre sur l’île pour nourrir le petit perroquet blanc qu’elle a laissé à son domicile. Prise dans une tempête de neige, Gyeongha découvre à son arrivée comment l’histoire familiale d’Inseon s’entremêle à l’un des pires massacres de l’histoire coréenne. Les actrices Isabelle Huppert et Hyeyoung Lee mettent en voix ce texte mémoriel, révélant les motifs récurrents qui traversent l’œuvre de Han Kang : traumatismes de l’histoire, fragilité de l’être, croyance absolue en la vie...

En coréen et en français, surtitré en français, en coréen et en anglais - Durée : 1h30




NEIGE, NEIGE, NEIGE 눈, 눈, 눈
Lee Jaram – République de Corée
OPÉRA GRAND AVIGNON
Le 17, 18 puis le 21, 22 juillet à 18h30

Avec un simple éventail et au rythme du tambour, Lee Jaram raconte Maître et serviteur. Combinant l’art du pansori avec la nouvelle de Tolstoï, elle suit l’histoire d’un marchand cupide et de son serviteur pris dans la tempête.

Neige, neige, neige, le dernier spectacle de Lee Jaram, démontre une fois de plus qu’elle est une voix singulière et sans égale dans le pansori contemporain – cet art du récit coréen accompagné au tambour. Au moyen d’un simple éventail, Lee Jaram plonge le public dans l’hiver glacé d’une nouvelle de Tolstoï – Maître et Serviteur –, sur les traces de Vassili et de Nikita. Tandis que le marchand cupide et son domestique voyagent de nuit, tous deux sont pris dans une tempête de neige. En transposant cette histoire au présent, Lee Jaram fait de ces personnages nos semblables, tiraillés entre leurs désirs, leurs angoisses et leur sens des responsabilités.

En coréen, surtitré en français et en anglais - Durée : 2h05





Informations et réservations sur www.festival-avignon.com




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