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La Poésie de l’encre, tradition lettrée en Corée


L’exposition est organisée par le musée national des arts asiatiques Guimet, en partenariat média avec International Herald Tribune.

Dans le même esprit que la collection Lee Ufan, « Nostalgies Coréennes », qui était présentée au musée Guimet à l’automne 2001, cette exposition évoque la richesse de la tradition picturale en Corée sous la période Choson, à travers des collections privées largement inconnues, à la fois du public et des spécialistes. Longtemps à l’ombre de la Chine, la Corée -pays du matin clair- créera son vocabulaire propre en mêlant les traditions des Ming, celles des Yuan ou des Song, tout en visant à atteindre le dogme confucéen du royaume idéal et par définition lettré. Au XIXème siècle, quand la Chine décline progressivement et que le Japon se met à l’heure d’Edo, la Corée Choson juxtapose des traditions extrêmement différentes.

Du papier et de l’encre, un bureau pour écrire, un encrier pour délayer de l’encre, en diminuer l’intensité, un pose-pinceau pour reposer la brosse : les objets du lettré frappent par leur simplicité. L’encrier prend la forme d’une montagne, celle des Monts de diamants (Keumgangsan), adoptant un décor végétal inspiré du bambou qui joue sur l’ambiguïté de la géométrie, entre naturalisme et abstraction. Le bambou, le prunier, l’iris ou bien le chrysanthème constituent le groupe des “quatre plantes nobles”. Cette codification chinoise reprise en Corée, fut déclinée jusqu’à la fin de la période Choson, renvoyant à l’idéologie confucéenne, tout en suggérant le rythme des saisons et le temps qui s’écoule : le bambou, éternellement vert, plie mais ne rompt pas et symbolise la loyauté et la fidélité ; le prunier fleurit avant la fonte des neiges et suggère le renouveau du printemps ; l’orchidée évoque un monde de beauté à l’harmonie fragile et délicate ; le chrysanthème s’épanouit en plein cœur de l’automne.

Art de la calligraphie et art du pinceau trouvent leur expression dans une poésie souvent très personnelle et d’un naturalisme volontiers intimiste, visiblement sensible aux choses de la Nature. A côté d’un art de la couleur, fantaisiste et abstrait, volontiers onirique, souvent surréaliste qui est avant tout celui de la maison, du décor intérieur- dernier jardin secret - existe une tradition de cour. En jouant d’une encre plus ou moins saturée d’eau, se crée un arrière-plan, une atmosphère brumeuse, vaguement fantomatique, d’où émerge un bosquet de bambou, ou encore figure le volume dans les grappes de raisin. Le paysage en Corée, sous la période Choson, joue d’une perspective beaucoup plus réaliste, plus proche d’une sensibilité occidentale que ce qu’on peut voir à même époque en Chine et au Japon.

Le charme de la Corée est d’avoir une musique bien à elle et de laisser cohabiter en parfaite harmonie des traditions souvent très différentes. A la couleur de la collection Lee Ufan, avec son univers de beauté quelquefois nostalgique et parfois fantastique, répond ici une vision plus classique, celle de l’aristocratie et de l’académie, celle des lettrés-fonctionnaires. Elite du royaume et du gouvernement, elle n’en met pas moins l’homme au centre du dispositif, tout en se préoccupant du monde tel qu’il est, d’où un goût réel pour la nature vue simplement pour elle-même et avec une attention portée aux choses de la vie quotidienne. Une simplicité et une délicatesse qui ne vont pas sans un certain humour. Une vision cependant qui frappe par sa clarté et par son élégance, son caractère graphique et son sens de la ligne.

A voir les témoignages qui ont pu subsister, le paravent semble se substituer au principe du rouleau déroulé horizontalement. “Quand ils ne peuvent jouir de la campagne”, écrit George Ducrocq, “les Coréens ont des paravents qui leur en donnent l’illusion”. A la différence des cloisons japonaises, le paravent coréen structure un espace vide et lui donne tout son sens, et sa définition. Le paravent coréen a donc sa propre perspective – mobilité totale et en même temps recréation d’un espace, abstrait et naturel, qui crée la profondeur et ouvre sur d’autres mondes…



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